Jo Vargas, De nuit

Jo Vargas, De nuit

Jo Vargas et la lumière du noir

« Un créateur qui n’a pas peur de l’obscurité est un estropié de l’art » (Kurosawa)

Jo Vargas a l’immense mérite de se méfier des théories et des catégories. D’une œuvre à l’autre les mêmes obsessions reviennent : peur de l’obscur – et sa fascination. La nuit et l’incendie menacent. Si bien qu’à ce titre seul Fritz Lang peut être comparé à elle. Son œuvre est faite de ruptures, de moments de fissure et de fêlure, de sillons et de passes. Les murs comme le sol se dérobent. On passe d’un lisible acquis à l’in-vu. La surface se défait. La masse humaine aussi. Elle n’abdique pas pour autant. Mais l’artiste se cogne contre les énigmes du réel et des êtres. Ils sont parfois entrelacés. Mais s’ignorent. Preuve que la force de la peinture devient plus puissante que tout concept. Jo Vargas décrit la maladie des êtres. Elle ébranle la terre même si on ne la voit plus. Son œuvre reste encore incomprise mais géniale. Elle est d’un pos-tromantisme désarmant, exceptionnel. Hors saturation.
S’ils pouvaient parler ses personnages diraient :  « Je voudrais être un cheval pour manger de l’herbe car il y en a partout ». De tout décor il ne reste plus rien – ou si peu. L’oeuvre s’immisce et glisse entre les êtres. Elle devient l’annonce de sensations enfouies dont le corps ressent soudain la force. Cauchemars d’angoisse, de solitude. Au passant qui ne peut habituellement que prendre le chemin du brouillard succède l’émergence des spectres porteurs d’une autre charge du vivant.

La créatrice le mène de l’anonyme et du connu au mystère de l’inconnu. Son oeuvre devient le lieu brisé du simulacre. Le temps ne glisse plus dessus, il se retient comme un désir. Il faut contempler sans fuir l’œuvre de l’impératrice d’un monde douloureux ou comme image obsessionnelle dit l’artiste  : « la robe de la mélancolie de Dürer aux sillons voilant et dévoilant sont mon lot »

jean-paul gavard-perret

Jo Vargas, De nuit, Galerie La Ralentie, Paris XIème, (avril-mai 2014)

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