Jean-Michel Ribes, Mille et un morceaux

Jean-Michel Ribes, Mille et un morceaux

Le tout à l’ego du conformiste

Ribes n’est pas de ceux qui pensent tout bas. Mais il y a pire : avec le temps, son humour a disparu (Topor est bien loin). Sa liberté d’expression est devenue molle mais sert à gonfler bien des baudruches. Le maître de cérémonie du Rond Point des Convenances voit  le monde germanopratin à ses pieds. Et ce qu’il reproche aux autres pourrait lui être retourné comme un gant. Le livre de l’homme de main des lustres des pouvoirs  est le résultat de l’ego absolu.
Certes, cela n’est pas propre à l’art : toutes les activités humaines répondent à cette injonction. Mais le sien a de l’appétit : l’histrion assène ses explications du monde et ses leçons de morale sans coups férir. Ses certitudes sont aussi assassines que comédiennes. Ne débarrassant jamais le champ de l’esthétique de celui de l’éthique, Ribes rappelle que tout être et toute création vivent aux dépens de ceux qui les prennent pour incontournables. Quant à l’auteur, s’arrimer aux grands noms de l’époque lui tient de garantie. Hors les lumières des vedettes de la pensée ou de l’art, point de salut. Le Rex Imperator se nourrit de ses pairs.

Mais toute autre pensée que la sienne n’est que poussière : l’auteur générateur de pseudo-modernité en devient l’aspirateur auquel on a arraché le fil. Mais il ne manque pas de suceurs. Devenu mégalo, le législateur de la culture prouve que seul un ego surdimensionné est capable d’envisager « lucidement » la vérité. Ses vignettes, anecdotes et pensées (qui se voudraient parfois rigolotes) doivent donc être considérées comme formes et idées nouvelles. Etant acceptées d’avance, de telles iconoclasties gonflées d’air sont déjà périmées.

jean-paul gavard-perret

Jean-Michel Ribes, Mille et un morceaux, Editions l’Iconoclaste, Paris, 2015.

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