Jean Mayer, Chirurgien de guerre, chercheur de paix
L’engagement humain face à l’adversité
Dans Chirurgien de guerre, chercheur de paix, Jean Mayer fait figurer un seul poème, « Bêtise de la guerre », de Hugo, dans L’Année terrible (« janvier », III), qui sépare l’ensemble de l’ouvrage d’un court « épilogue » où il explique sa démarche, et montre l’attachement qu’il porte à la notion de paix non naïve : il ne s’agit pas pour lui de nous désarmer sur la simple bonne foi face à des puissances impitoyables comme la Chine, la Russie ou Daesh. Il s’agit de construire une paix venant du « fond du cœur » entre hommes raisonnables.
L’ouvrage commence avec ses plus anciens souvenirs d’enfance et son arrivée, accompagnant son père colonel en Algérie, fin 1954. Il évoque ce père, né en 1912, vaillant soldat en 39-45, combattant cinq ans en Indochine, puis nommé en Algérie. Il raconte comment il y vit les premières horreurs de la guerre, voyant des corps des deux camps massacrés dans les rues, des photos oubliées par son père sur la table du salon, les enterrements des 171 tués de manière atroce, au cri d’Allah Akbar déjà. Il s’étonne, rétrospectivement, du fait que « brutalement, de placides paysans se so[ie]nt transformés en barbares ».
Il évoque ensuite tous les conflits ou les théâtres d’opération sur lesquels il a servi en tant que militaire d’active, puis réserviste : L’Afrique, un stage à Berlin, Mururoa (1986-1987), le Tchad et le Togo (1990-1994), le Rwanda (1993-1994) et jusqu’en Bosnie en 1995-1997 ; mais pour lui, la guerre d’Algérie reste le choc fondamental, « premier exemple qui préfigure les autres exemples décrits dans ce livre, qui finalement posent la question de la paix à construire ».
La deuxième partie de l’ouvrage est une réflexion consacrée à la guerre puis à la paix. Elle comprend une partie de polémologie (nature et causes de la guerre, guerre juste, psychologie de la guerre, dissuasion nucléaire…), puis une partie « construire la paix » qui s’intéresse aux bases juridiques, à la paix perpétuelle d’E. Kant, aux conditions non naïves de la paix, au pacifisme de certains auteurs (R. Rolland, H. Barbusse), pour finir par les « guerres qui auraient dû être évitées » (Irak, 1991 et 2003, Yougoslavie, 1999, Afghanistan, 2001, Lybie, 2011). Il termine par une brève mais belle ouverture d’espoir.
Jean Mayer livre ainsi un témoignage poignant sur son parcours de chirurgien orthopédiste engagé sur plusieurs fronts, notamment en Afrique et dans les Balkans. Son récit, empreint d’humanité et de réflexion, offre une plongée intime dans les réalités de la médecine de guerre et les aspirations à la paix qui en découlent.
Le style de Jean Mayer, à la fois sobre et évocateur, décrit avec précision les conditions difficiles des interventions chirurgicales en zone de conflit, tout en mettant en lumière les dilemmes éthiques et les souffrances humaines rencontrées. Son engagement dépasse le cadre médical, s’inscrivant dans une quête de sens et de réconciliation. Il ne se contente pas de relater des faits ; il interroge le lecteur sur la nature de la guerre et le rôle du médecin dans ces contextes extrêmes. Son ouvrage, bien que personnel, résonne avec des préoccupations universelles sur la violence, la compassion et la résilience.
En somme, Chirurgien de guerre, chercheur de paix est une œuvre essentielle pour ceux qui s’intéressent à la médecine en temps de guerre, mais aussi pour tous les lecteurs en quête de récits authentiques sur l’engagement humain face à l’adversité.
L’ouvrage se complète de cartes (la géographie étant la reine des batailles), d’une bibliographie (qui gagnerait à être classée par thèmes), et de remerciements ; s’y ajoute une préface de J.-P. Raffarin.
yann-loïc andré
Jean Mayer, Chirurgien de guerre, chercheur de paix, Bordeaux, Lavauzelle « Défense », 2025 – 29,00 €.