Jean-Marie Périer, Le temps d’apprendre à vivre… il est déjà trop tard

Jean-Marie Périer, Le temps d’apprendre à vivre… il est déjà trop tard

Monsieur Périer, le titre de votre livre évoque plutôt un essai pseudo-philosophique que ce qui va nous être donné à lire

Vous a-t-on vivement conseillé d’écrire ce livre ? Sont-ce donc les éditeurs de XO qui vous ont « chassé » ? Ce ne serait pas étonnant car, comme vous le dites si bien, vous êtes un enfant gâté. Mais est-ce une raison pour vous attacher à donner ce qui ne vous correspond pas forcément ? La vie vous a permis de vivre d’intenses moments : conducteur de belles voitures (quelle mémoire vous avez, au demeurant. On se croirait parfois dans les pages d’un catalogue automobile tant vous citez les marques successives de vos carlingues… et des carlingues de ceux que vous croisez) , partenaire de jolies filles à la mode (évidemment), vous devenez le témoin (parfois malgré lui) de l’intimité de personnalités des années 60/70 que l’on n’ appelait pas encore VIP. Rajoutons à cela plusieurs mariages, de l’argent, des voyages… et voilà que se dessine une vie que le commun des mortels pourrait bien envier.

Vous avez donc choisi, vous le détenteur de ces si belles expériences, de nous narrer une suite de rencontres et de nous parler de personnes déjà mortes ou entièrement liftées. Dites nous alors dans quelle optique ! Les photographies des personnes en question ponctuent chaque début de chapitre. Elles ne sont pas toutes réussies, ces photos, mais produisent l’avantage de bien situer le sujet : Claude François, Françoise Hardy, Eddy Mitchell, Mick Jagger, Raymond Barre et compagnie…. Nous découvrons alors quelques anecdotes  » inédites « , certes. Mais avouez que vous ne nous épargnez pas avec vos envolées lyriques et vos pensées oniriques qui gâtent quelque peu l’ensemble de vos souvenirs et rendent parfois fastidieux la découvertes de  » scoops  » ! Pourquoi ne pas avoir été à l’essentiel ?

Vous êtes photographe et non écrivain. L’exercice de style consistant à commenter des photographies, des lieux, une époque, aurait été bien plus excitant et aurait mieux collé à ce que vous êtes vraiment : un photographe qui met entre lui et la réalité son appareil et qui, à force de recul et de protection, ne sait pas grandir, vieillir. Un homme qui jette désormais un regard pour le moins désabusé sur l’évolution du monde des paillettes tant il a vécu intensément une période qui ne connaissait pas la peur, celle qui nous paralyse et nous rend bêtes. Je salue toutefois votre franchise, votre propension à moquer de vous-même, votre lucidité aussi.Néanmoins, ce n’est point une sorte d’autobiographie (qui, en l’occurrence, ne nous apprend rien de vous en tant qu’individu) au titre mal choisi qu’il aurait fallu éditer. Malgré toutes vos qualités vous êtes allé vers la facilité, c’est à déplorer.

Mais votre vie n’est pas finie, quoique vous en disiez dans les dernières phrases de cet ouvrage. Désormais, vous pourrez prendre le temps de réfléchir au meilleur moyen de faire partager, et avec le plus grand nombre, votre expérience si particulière d’une époque, d’un état d’esprit qui, il est vrai, continue de nous enchanter.

Anne-Veronique Clerf

   
 

Jean-Marie Périer, Le temps d’apprendre à vivre… il est déjà trop tard, XO, 2004, 271 p. – 19,90 €.

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