Jean Dufaux & Juan Luis Landa, L’Ogre – Acte 1
Un tueur et une sainte…
Pauvre pays de France déchiré par des armées, des bandes de mercenaires. En cette année 1427, une petite troupe, menée par Guillaume de Blamont, est sur les traces de l’Ogre. Elle est aussi sur la défensive car elle arrive après les saccages perpétués par la bande de Colin Frappe-Misère. L’Ogre, lui, a repris sa route, talonné par la faim. C’est le roi Charles VII, refugié à Chinon, qui a confié cette mission au capitaine même si d’autres dangers menacent ce trône bien vacillant.
Le monstre, dont l’appétit pour la chair humaine est insatiable, va rencontrer la grâce, une jeune fille qui soignera sa blessure. Elle cherche à rencontrer le roi car elle fait des rêves qui…
Jean Dufaux crée une fresque intégrée dans la guerre de Cent Ans, un récit sombre et puissant. C’est un véritable thriller médiéval où la barbarie est le quotidien d’une population subissant sans cesse la famine, les pillages, le brigandage et les exactions des envahisseurs, des factions rivales que sont les Bourguignons et les Armagnacs.
Le scénariste retient l’année 1427. Les Anglais occupent une large partie du pays, sont installés à Paris avec le soutien de la reine Isabeau de Bavière. C’est dans ce contexte historique que se place une intrigue mémorable.
Trois protagonistes émergent d’une galerie fourmillante de personnages où les acteurs historiques sont mis en scène avec brio dans le cadre d’une fiction de haute tenue. Jeanne qui cherche encore à accomplir sa mission divine, l’Ogre qui massacre femmes et enfants profitant du chaos ambiant et Guillaume de Blamont qui tente d’apporter un peu d’ordre et de justice dans ce monde en ruine. Ils côtoient, de près ou de loin, le roi, bien sûr, Isabeau de Bavière, Marie d’Anjou, John Talbot, le Duc Noir, Gilles de Rais, Georges de la Trémoille…
L’auteur revient sur des événements marquants comme les batailles d’Azincourt, de Verneuil, le bal des Ardents… Il intègre complots, trahisons, évolution des armes, messes noires, séduction imposée…
Le graphisme complet est l’œuvre de Juan Luis Landa. Il retient une esthétique sombre, réaliste, dramatique, faisant ressentir l’atmosphère brutale de ces temps. Avec son trait précis, expressif, il donne vie à des visages marqués par la foi, la peur, la souffrance. Il use de cadrages dynamiques, emploie les plongées, contre-plongées en accentuant la tension du récit. Les personnages sont dessinés avec un remarquable talent que ce soit l’Ogre, Jeanne… Il présente celle-ci avec une très jolie silhouette de jeune femme. Il signe des planches superbes où les combats, les batailles sont mis en scène de façon spectaculaire, époustouflante.
Sa mise en couleurs favorise les gris, les bruns, les bleus sombres et offre des jeux subtils de lumière. Les vêtements, les murs, les paysages sont rendus avec une grande richesse de matière, presque tactile.
Un dossier exhaustif de notes historiques termine ce premier volume.
Entre thriller, récit historique et conte sombre à souhait, Jean Dufaux offre une fois encore un récit d’une grande intensité appuyé de façon magistrale sur une époque terrible. Le graphisme de Juan Luis Landa, absolument éblouissant, sert à merveille ce récit.
serge perraud
Jean Dufaux (scénario), Juan Luis Landa (dessin et couleurs), L’Ogre – Acte 1, Glénat, coll. Hors Collection, septembre 2025, 112 p. – 29,00 €.