Jean-Christophe Derrien & Rémi Torregrossa, L’Homme qui voulut être roi
Si Rudyard Kipling est connu comme un grand auteur de la littérature jeunesse après Le Livre de la jungle, Kim… il a fait paraître nombre de nouvelles destinées aux adultes comme L’Homme qui voulut être roi, en 1888. Il est alors aux Indes britanniques rédacteur pour la revue The Pioneer.
Dans le train qui emmène ce journaliste vers Ajmir, un homme assis en face de lui entame la conversation. Après quelques temps, Peachy Carnehan lui demande de laisser un message à un ami qu’il trouvera en gare de Marwar. C’est ainsi qu’il fera la connaissance de Daniel Dravot, un flamboyant barbu roux.
Quelques mois après, les deux hommes font irruption dans le bureau où il termine l’édition du dimanche. Ils lui font part de leur nouveau projet : devenir les rois du Kafiristan, ce pays légendaire où aucun Européen n’a mis le pied depuis… Alexandre le Grand. Ils signent, entre eux, un pacte et comptent sur le journaliste pour les aider. Et, contre toute attente, ces anciens soldats, aventuriers et menteurs, vont atteindre leur Eldorado. Là, dans un premier temps, grâce à leur entremise et leur médaillon maçonnique, ils vont atteindre un but. Mais à trop en vouloir…
Avec cette aventure très exotique, le romancier exaltait quelques symboles franc-maçonniques. Initié dès sa jeunesse à ces concepts, à ces règles de vie qu’il pratiquera de manière exigeante, il les intègre de façon plus ou moins appuyées dans ses textes.
Mais, ce sont aussi les mobiles liés à la colonisation de nouveaux territoires. Les deux soldats de fortune, se présentant eux-mêmes comme des aventuriers, des menteurs, rêvent d’un avenir glorieux, de conquérir un royaume à la manière d’Alexandre le Grand. Toutefois, est-ce seulement l’appât du gain qui les guide, les motive où l’envie, le besoin de découvertes, la nécessité d’accéder au pouvoir, à la reconnaissance ?
La fraternité, l’amitié ne sont cependant pas exclues. Mais cette tragédie, où l’humour n’est pas exempt, inscrit aussi « Le côté sombre de la quête, là où l’initié s’égare lorsqu’il oublie l’humilité, le partage, l’abnégation. »
Jean-Christophe Derrien, qui a déjà adapté de belle manière un autre grand classique qu’est 1984 de George Orwell aux Éditions Soleil, donne un éclairage novateur cette fantastique aventure. Il met en valeur la richesse du récit initial transcrit avec un grand respect les intentions de Kipling.
Le dessin est l’œuvre de Rémi Torregrossa, déjà complice du scénariste pour 1984. Réaliste à souhait, c’est avec un ensemble de traits fins qu’il image cette histoire donnant le rythme avec élégance. Quelques à-plats viennent souligner les ombres. Il synthétise les cadres et les décors dans une mise en page efficace où il place les éléments essentiels.
Les couleurs d’Albertine Ralenti restent assez neutres, n’utilisant les teintes vives que pour souligner une ambiance forte. De par l’espace laissé dans les dessins, elles prennent une place essentielle pour renforcer les ambiances.
Dans une préface érudite, Didier Convard, bien introduit dans l’univers maçonnique, revient sur les rapports entre le romancier du XIXe siècle, les valeurs défendues et l’implication constante dans cette confrérie de Rudyard Kipling.
Cet album permet de découvrir, ou redécouvrir, avec une lecture éclairée, l’incroyable histoire de deux aventuriers mise en images avec talent.
serge perraud
Jean-Christophe Derrien (scénario adapté de l’œuvre de Kipling), Rémi Torregrossa (dessin) & Albertine Ralenti (couleur), L’Homme qui voulut être roi, Glénat, coll. « 24×32 », avril 2023, 72 p. – 16,50 €.
