Jean-Bernard Pouy, Je hais le cinéma
Le bug de l’an 2000 a aussi frappé Jean-Bernard Pouy. Le changement de siècle a tué son cinéma
Le cinéma est l’art du XXe siècle. Or depuis quatre ans, on est entré dans le XXIe et il est devenu un art décadent. C’est en partant de ce postulat que JBP (lire Jean-Bernard Pouy) nous emmène, tout au long de ces 44 pages, vers ce cinéma qu’il a parfaitement connu, celui des années 60-80, qui était créatif, plein d’idées et dont l’originalité a commencé à se tarir durant les dix dernières années du XXe siècle avant d’aboutir à quelque chose qui permet à JBP de constater Je hais le cinéma.
JBP est bien connu des lecteurs de romans noirs pour avoir commis plusieurs forfaits dignes de ce nom. À l’origine, il est un rien provocateur. Ainsi, Spinoza encule Hegel, acte paru premièrement en 1983 en « Sanguine », chez Albin Michel. Derrière ce titre hautement provocateur, un pamphlet non moins haut en couleurs et en verve qui annonçait un écrivain incontournable.
Autre forfait de classe, la création, en 1996 du Poulpe qui allait squatter les rayons des libraires pendant presque deux Olympiades. La liste des écrits de JBP est longue. Personnage généreux et militant, il est de tous les projets, sans fin ou non, très souvent sollicité de part et d’autre, il n’en demeure pas moins fidèle à ses grandes amours.
ADK (lire Antoine de Kerversau), qui dirigeait les éditions Baleine (éditions qui hébergeaient le fameux Poulpe, entre autres) a crée une nouvelle maison d’édition, Les Contrebandiers éditeurs, où JBP s’est empressé de commettre de nouveaux délits. Mais JBP avait dans sa besace un texte court, très court, véritable tissu poétique ayant pour sujet le cinéma. Ce texte n’avait pas sa place aux Contrebandiers, alors, en digne compère aux multiples besaces qu’il est, ADK a ressorti un label, ADK, pour permettre à l’horrible individu de sévir encore. Je hais le cinéma était enfin vivant.
Le cinéma est désormais mort et enterré. Pourtant, au fond de moi, sur l’écran noir de ma rétine brillent encore de ces images qui, de neurones en synapses, resteront gravées à jamais dans la gymnastique électrique du cerveau. Des impressions, des souvenirs, des désirs patients qui subsistent, reviennent, parfois en trombe, toujours retirés de leur contexte, comme des illuminations.
JBP dévoile, entre nostalgie et recueillement ( !) le profond respect que lui inspirait le Septième Art. Avec un grand A, celui qui ne fait pas de différence entre un film de JLG (lire Jean-Luc Godard) – qu’il estime comme un dieu à cause de PLF (lire Pierrot Le Fou) et de BAP (lire Bande À Part) – et les merveilleux nanars italiens à consonance mythologique, comme Hercule contre les vampires – je cite : Le seul dialogue [du] film que nous allions voir et revoir uniquement pour entendre Christopher Lee dire (en VF) au musculeux de service : Avance, Hercule ! Que ceux ou celles qui n’ont pas compris le JDM (lire Jeu De Mot) pas fait exprès aillent se jeter dans la Seine, ou un autre fleuve, ou une autre rivière, bref, dans de la flotte.
Voilà, le ton est donné. JBP nous fait part de ses doux souvenirs cinématographiques en mettant en avant ses préférences mais aussi ce qu’il n’estime pas (Sautet par exemple) tout en gardant cet allant qu’on lui connaît. Il dit n’être pas allé au cinéma depuis 2000. On peut le croire. N’en reste que ses raisons qui comme d’hab’ sont ubuesques et donc subjectives. Mais comme il s’agit de JBP, elles deviennent autres et re-donc objectives. Comprend qui peut. Ce n’est pas POL (lire Paul Kekchosensky-Laurens et non Paul Otchakovsky-Laurens) qui me contredira.
julien vedrenne
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Jean-Bernard Pouy, Je hais le cinéma, Antoine de Kerversau éditeur, 2004, 44 p. – 10,00 €. |
