Je suis un pays (Vincent Macaigne)
Une fable fantasque aux résonances politiques et métaphysiques
Ça commence dans le hall, par une alarme, qui rappelle l’urgence, par des invectives du public, qui profèrent une autocélébration du spectacle. La publicité et la propagande politique sont d’emblée tournées en dérision. Lorsqu’on entre dans la salle, la musique à fond, les costumes ridicules des comédiens, les invitations à participer faites au public constituent une ambiance festive surchargée d’imprécations, d’ironie, de caricatures, de cris et de danses.
Le spectacle cultive son côté foutraque : organisation obscène d’un jeu télévisé, réquisitoire contre Monsanto, CNN en direct, sur fond de tableaux du Caravage. Le propos, déclamé en permanence, mêle histoire familiale et géopolitique internationale. On assiste à une explosion démonstrative qui figure une théogonie apocalyptique. Une fable fantasque aux résonances politiques et métaphysiques.
L‘auteur réinvestit les grands mythes fondateurs : Marie, Œdipe, le bouc émissaire. A son habitude, Vincent Macaigne mobilise force moyens d’exhibition jusqu’à saturer la scène d’effets spectaculaires. La seconde partie met en scène un show présidentiel. Le spectacle du monde d’après n’est que spectacle. L’auto-ironie ne cesse de disqualifier le propos adressé au public, au risque d’obérer l’efficacité de la représentation, qui confine à l’autodénégation. Cette surdétermination s’avère efficace lorsqu’elle se donne un objet circonscrit ; las, le thème de la pièce est la société précisément du spectacle, en quoi on se répand le plus souvent dans l’indétermination.
C’est une succession d’injonctions qui ne parviennent pas, malgré qu’on en ait, à susciter l’adhésion du public. Certes, le n’importe quoi qui se manifeste n’est qu’une dénonciation de l’inanité ambiante. Mais on doute que la seule actualisation du ras-le-bol conduise finalement à l’action, que la lourdeur d’un procédé constitue l’ultime invite à la légèreté.
christophe giolito
Je suis un pays
Ecriture, mise en scène, conception visuelle et scénographique Vincent Macaigne
Photos Wavian et Mathilda Olmi
Avec : Sharif Andoura, Thomas Blanchard, Candice Bouchet, Thibaut Evrard, Pauline Lorillard, Hedi Zada, et en alternance : Madeleine Andoura, Lila Poulet Berenfeld, Nina Béros
Scénographie Julien Peissel ; Accessoires Lucie Basclet, Composition musicale Nova Materia (Caroline Chaspoul, Eduardo Henriquez) ; Costumes Camille Aït Allouache ; Stagiaire costumes
Estelle Deniaud ; Collaboration lumière Matthieu Wilmart ; Stagiaire lumière Edith Bigaro ; Collaboration son Charlotte Constant ; Collaboration vidéo Olivier Vulliamy ; Construction des décors Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne ; Assistant mise en scène Salou Sadras ; Administration compagnie « Friche 22.66 »,Altermachine, Camille HakimHashemi, Elisabeth Le Coënt.
Au théâtre Nanterre-Amandiers, Centre Dramatique National, 7 avenue Pablo-Picasso,
92022 Nanterre Cedex
Les mercredis, jeudis, vendredis, à 19h30, le samedi à 18h30, le dimanche à 15h30 ; durée estimée 3h35, Grande salle, déconseillé aux femmes enceintes et aux personnes épileptiques.
Du 25 novembre au 8 décembre 2017, création 2017 Avec le Festival d’Automne à Paris
Voilà ce que jamais je ne te dirai Spectacle pendant Je suis un pays… pour un deuxième groupe de spectateurs. Avec la participation vidéo de Matthieu Jaccard et Eric Vautrin.
Spectacle créé le 14 Septembre 2017 au Théâtre Vidy-Lausanne.
Festival TNB -Mettre en scène Théâtre National de Bretagne : 11 – 17 Novembre 2017.
TANDEM, Scène nationale, Hippodrome de Douai : 9 – 11 Janvier 2018
Filature Scène nationale, Mulhouse : 16 février 2018
http://www.colline.fr/ : 31 Mai – 14 Juin 2018 Grand Théâtre.