Jacquie Barral, Pointe du crayon – Punta del Llapis (livre + exposition)

Jacquie Barral, Pointe du crayon – Punta del Llapis (livre + exposition)

Jacquie Barral à la limite des cendres du réel

Jacquie Barral construit toutes ses œuvres comme un paysage et le plus souvent en couleurs ardentes et vives, pures et profondes en rubans et déchirures. Mais de tels paysages ne sont pas donnés pour tels : ils viennent de loin. Le « esse est percipi » de Berkeley est en quelque sorte brouillé. Sans pour autant que l’artiste et auteur accorde au paysage une fonction transcendante.
Elle n’est jamais borgne au monde et son regard est pourvu d’un corps. L’avancée des techniques de l’image que l’artiste propose n’y est pas pour rien. Elle n’est plus celle d’un monde perçu ou d’un sujet percevant, mais un rapport original entre les deux autant par la facture, les techniques que les matières.

La corporéité du monde comme la choséité de l’image sont construites sur le sentiment d’une relativité. Il faut renoncer à saisir le paysage « barralien » comme une totalité dans l’ordre de la connaissance. De même, il convient de renoncer à croire chez elle à une métaphysique de la transparence.
Face à l’illusion paysagère « réaliste » fidèle, objective, « naturelle » de la réalité, entretenue par la foi en un « Signifié transcendant » garant de l’ordre (historiquement identifié à Dieu puis à l’artiste lui-même) jaillit une autre dimension. A l’image de Diogène tournant le dos à la ville, la créatrice semble tourner le dos au paysage pour mieux revenir à lui.

Comme frappé par la foudre, il revient – comme rejaillissent les fantômes ? – en ce qui devient grande méditation sur le destin de l’art. Pour Jacquie Barral, l’être s’y efface, la nature le ramène à son rien. Même si le livre lui sert de bouée, de corps mort. Auquel il se rattache par instinct vital.
L’auteure retrouve la fameuse « béance oculaire » chère à Lacan grâce , ici, au crayon et collage. Le paysage en ses tranferts de forme et de fond semble nous regarder depuis les âges  premiers et devient le confident de ses opérations les plus secrètes. Ce que l’artiste propose n’est donc pas l’ordre du simple point de vue mais constitue un rébus qui habite par l’œil. Il se cherche en lui comme on disait autrefois que l’âme se cherche dans les miroirs.

jean-paul gavard-perret

Jacquie Barral,
Pointe du crayon – Punta del Llapis (traduction de M.L l. Sabater), Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, août 2016.
Pointe du crayon – punta del Llapis, dessins et peintures de Jacquie Barral, Maison de la Catalanité, du 26 août au 7 octobre 2016.

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