Jacques Sicard, La Géode & l’Eclipse
Que fait l’image ? (Photographie, cinématographe et autres médiums)
Le noir et blanc : la photographie et le cinéma y voguent entre minimalisme et un certain romantisme gothique. Jacques Sicard y introduit ses prétextes en sorte de postproductions. Les portraits de films ou de cinéastes en ovale, guinguette, viole de gambettes, etc. fixent les images entre hier et demain afin de donner une sorte d’éternité à leur gîte.
Toutefois, l’auteur est fasciné autant par les images que l’écriture. Pour aborder le cinéma et la photographie, la sienne pourrait sembler artificielle tant elle est sophistiquée. Mais le pur scripteur a besoin de certain sens d’un rite complexe pour rendre compte du rythme des films. Comme chez Duras, il faut donc entre texte et image une épaisseur brûlante avec en résonance un sens qui dérive au-dessus de la ligne du logos basique. Bref, l’auteur devient à l’écriture ce que Delphine Seryrig est à la voix. Son texte ne suit en rien les sentiers battus de l’analyse : il produit le son d’ « un piano à remiges ».
Certes, il arrive que par les jeux d’échos parfois subtils, d’un texte à l’autre, la somme des détails de livre produise sinon l’insaisissable du moins la trajectoire d’une étoile filée à travers des séquences où se rêve un film impossible sur la traversée de l’acte artistique – quelle qu’en soit la nature si bien que comme chez Denis Roche la « luciole » de l’écriture s’éloigne de l’insecte incandescent pour s’affirmer « pur artefact ».
L’ambition est réussie. Tout un panorama du photographique et du filmique jusqu’à d’autres séquences plus picturales et littéraires devient un labyrinthe. Elisabeth Gailledrat le clôt en proposant la clé du livre : fait d’images, il se donne à entendre. Et l’auteure de préciser : « les phrases s’enforment d’une distance à prendre entre le dedans et le dehors ».
L‘art des plus subtils de la fugue est donc monté. Exercice de transparence sur la qualité des oeuvres présentées, chaque texte va aux confins de l’obscur et de la clarté pour offrir une étrange phosphorescence. Les mots de « simple » sens dérivent vers un mirage de vibrations syntaxiques et lexicales où néanmoins le délire verbal sert une vérité : ce que l’auteur écrit en quelques mots sur Tex Avery ou Diane Arbus, sur Artaud ou Moretti vaut bien des pensums.
Le livre demeure un des plus beaux chants adressés à la photographie, au cinéma et en coda à l’art et la littérature. Il rappelle – en transformant quelque peu la phrase de Cioran citée par l’auteur – que l’illusion de l’art est la lumière de la nuit humaine.
jean-paul gavard-perret
Jacques Sicard, La Géode & l’Eclipse, Editions Le Pli, 2017, 180 p. – 25,00 €.
One thought on “Jacques Sicard, La Géode & l’Eclipse”
Je lis là une très belle critique du livre de Jacques Sicard qui traduit parfaitement mon sentiment à la lecture de cette très belle oeuvre des éditions Le Pli portées par Elisabeth Gailledrat qu’il faut également saluer pour choix éditorial.