Isabelle Dethan, Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte
Son existence, loin des clichés
Si Isabelle Dethan aborde avec le même bonheur de nombreux sujets de fiction comme le fantastique, le Moyen Âge, les légendes antiques, elle semble avoir une prédilection pour l’Égypte ancienne. C’est ainsi qu’elle a signé Sur les terres d’Horus (8 tomes chez Delcourt) et tout dernièrement, chez Dargaud, Le Roi de paille (2020 – 2021), un diptyque spectaculaire. Avec ce nouvel album, elle propose de revisiter l’existence de la reine la plus célèbre de l’Histoire antique, à savoir Cléopâtre.
Celle-ci, en compagnie d’un petit singe, contemple la baie d’Alexandrie en demandant où sont passés ses palais, le phare. C’est le fantôme de la reine qui converse avec celui du singe, cet animal qu’elle a adopté vers la fin de sa vie. Elle est curieuse de savoir ce que le futur a retenu d’elle. Quand il lui dit que c’est surtout son nez, elle s’offusque estimant avoir d’autres attraits. Elle raconte alors son existence.
Petite fille, elle est la préférée de son père, le pharaon Ptolémée, qui n’a aucun goût artistique. Elle retrace comment elle a fait connaissance de la momie du vieux Khéops, de son vrai nom Khnoum Khoufou, les différentes étapes de sa vie. Elle relate les rencontres qui vont forger sa légende, de Jules César à Marc Antoine. Elle décrit ses rapports avec les membres de sa famille, sa prise du pouvoir et ce qu’elle a dû réaliser pour le garder jusqu’à…
Isabelle Dethan remet dans son contexte ce que fut sûrement cette reine Kleopatra VII Philopator. Celle-ci, dès le début, est l’objet d’une légende noire construite par des responsables romains qui voulaient minimiser son rôle. Ces mensonges ont été repris sans vergogne par des poètes comme Horace, Properce, Lucain…, des historiens tels que Tite-Live, Dion Cassius, Eutrope.
L’auteure brosse un portrait tout en nuances par rapport à ce qui est parvenu jusqu’à notre époque. En effet, elle devait avoir d’autres attraits que son nez aquilin pour séduire un Jules César, puis un Marc Antoine et s’imposer dans un monde écrasé par le phallocentrisme. La scénariste révèle une femme sensible, érudite et une grande stratège.
Un glossaire livre une description synthétique des principaux personnages qui font vivre cette saga. Quelques doutes sont émis quant à un aspic, dans un panier de figues, pour un suicide groupé de trois personnes !
La mise en images est particulièrement réussie, donnant en quelques traits efficaces l’essentiel des personnages, des décors et accessoires pour maintenir le récit dans une belle tension. S’appuyant sur une documentation solide, elle offre de magnifiques cadres et une belle série de scènes les plus authentiques possible.
Un album qui se découvre avec intérêt pour la figure nouvelle de cette reine, vision éloignée de la légende simpliste véhiculée par les Romains, pour la mise en page dynamique et le graphisme élégant, réhaussé de couleurs généreuses et douces.
serge perraud
Isabelle Dethan, Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte, Dargaud, janvier 2025, 208 p. – 26,95 €.