I am Europe (Falk Richter)
Agitations européennes
Cela commence par une profération un peu chaotique : chacun des comédiens souligne en le clamant un trait caractéristique de l’Europe. Cette complainte indéfinie exprime les efforts incessants de notre continent et de ses institutions pour se définir. Des aveux, du rap, de la tendresse, de la violence contenue, comme si le propos du spectacle ne pouvait éclater que dans la manifestation de son hétérogénéité.
Les comédiens se montrent engagés ; ils ont participé à l’écriture au plateau du spectacle. La parole trouve ses sources dans l’expérience intime et familiale de l’immigration, du déracinement, de l’errance, de l’enracinement : puisque l’Europe est une terre de reprise des héritages, elle est aussi une terre d’accueil.
Une histoire des luttes individuelles, une conjonction des parcours pluriels, une fresque collective pleine d’ironie. Un plaidoyer pour l’intégration, qui ridiculise toutes les stigmatisations nationalistes en présentant des trajectoires polyglottes qui mêlent plusieurs pays. Un panégyrique qui se déploie dans un enchaînement hétéroclite : des écrans racontent la fièvre des réseaux ; des déplacements expriment la mobilité des représentants ; des cubes de mousse symbolisent la fragilité des reconstructions européennes.
La litanie des guerres intestines est restituée par une énumération incantatoire, mais aussi par un témoignage poignant. Les changements de registre permanents se révèlent efficaces. Le chant des partisans italiens est réinterprété avec un tempo trash et des chorégraphies hip hop.
Une compilation des injonctions contradictoires de notre époque. Un spectacle dynamique, qui ne souffre pas de la répétition lancinante de son rythme et de ses procédés.
Le discours malmène parfois les limites, les autorités ; flirtant volontiers avec le risque de dénier toute valeur au droit. Des titres vainqueurs de l’Eurovision sont ridiculisés par des scénographies désuètes et ironiques. Des métaphores intéressantes, l’image de la nuée mobile sur elle-même et dans l’espace ; quelques accents prophétiques.
Une course futile, urgente, foutraque, finalement joyeuse, sur un plateau qui interroge nos lieux nos failles.
manon pouliot & christophe giolito
I am Europe
mise en scène Falk Richter
avec Lana Baric, Charline Ben Larbi, Gabriel Da Costa, Mehdi Djaadi Khadija El Kharraz Alami, Douglas Grauwels, Piersten Leirom, Tatjana Pessoa
Texte Falk Richter (avec des textes écrits en collaboration avec les acteurs et les actrices) ; traduction française Anne Monfort ; chorégraphie Nir de Volff ; dramaturgie Nils Haarmann ; scénographie, costumes Katrin Hoffmann ; musique Matthias Grübel ; vidéo Aliocha Van der Avoort ; lumière Philippe Berthomé.
A l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès (angle du boulevard Berthier), 75017 Paris, du 19 septembre au 9 octobre, en français et plusieurs autres langues, surtitré en français et en anglais, durée 1h55, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h relâche le lundi.
Location 01 44 85 40 40 / www.theatre-odeon.eu
Production Théâtre national de Strasbourg, coproduction Odéon – Théâtre de l’Europe, Comédie de Genève, Thalia Theater – Hambourg, Noord Nederlands Toneel (NNT) – Groningen, HNK – Croatian National Theatre in Zagreb, Théâtre de Liège et DC&J Créations, Dramaten – The Royal Dramatic Theatre of Sweden, Emilia Romagna Teatro Fondazione, avec le soutien du Goethe Institut Nancy/Strasbourg dans le cadre du projet Freiraum, avec le soutien du Tax Shelter du gouvernement fédéral de Belgique et d’Inver Tax Shelter, projet soutenu par l’Institut français dans le cadre de son programme Théâtre Export.
Création le 15 janvier 2019 au Théâtre National de Strasbourg.
Le 23 novembre 2019 / La Comédie de Genève 27.
Le 29 novembre 2019 / Liège – Théâtre de Liège
Les 13 et 14 janvier 2020 / Zagreb – HNK Croatian national theatre.
Le 7 mai 2020 / Luxembourg – Théâtres de la Ville de Luxembourg.