Hubert Selby Jr, Waiting period

Hubert Selby Jr, Waiting period

Le dernier roman d’Hubert Selby Jr n’est pas à mettre entre toutes les mains tant il est destructeur et d’abord difficile.

Tout le monde a en mémoire deux des romans d’Hubert Selby Jr qui lui ont valu une renommée certaine (Requiem for a dream et Last exit to Brooklin) surtout, il est vrai, pour leur adaptation cinématographique. Flammarion nous propose, avec Waiting period, le dernier roman de l’auteur mort le 26 avril 2004. On peut s’étonner, cependant, d’un bandeau rouge et tapageur – « Le dernier roman d’Hubert Selby Jr » qui délivre une impression autant désagréable que morbide tant il est vrai qu’en soit, la parution de Waiting period devrait suffire à créer l’événement pour un auteur, silencieux durant trente ans, avant de signer un retour remarqué en 1999 avec Le Saule. Autres temps, autres mœurs. La mort doit faire vendre.

Le narrateur en a marre de vivre. Il décide de se suicider. Il franchit le premier pas en entrant chez un armurier. Malheureusement, une waiting period est nécessaire pour obtenir une arme. Il met à profit cette période transitoire vers une mort annoncée pour changer d’avis. Et c’est bien connu seuls les imbéciles… Plutôt que de se suicider, il décide de tuer des hommes inutiles à la société car nuisibles. D’entrée de jeu, il jette son dévolu sur un bureaucrate en charge des pensions allouées aux vétérans de guerre et qui lui en a refusé une.

Internet lui permet d’obtenir un plan d’E.Coli. Notre bureaucrate ne s’en remettra pas. À partir de là, c’est l’escalade malgré une courte période de remords où il se dénonce presque. D’autres suivent. Bientôt, l’E.Coli, bactérie ultra mortelle, ne suffit plus. Notre homme, en plein délire, projette alors d’utiliser des explosifs qu’il se promet de disséminer aux quatre coins de la ville.

Le ton d’Hubert Selby Jr peut surprendre. Sa langue n’est pas facile. Au premier abord, le lecteur est décontenancé. La monotonie qui se dégage de ce récit monocorde, fiévreux et brouillon pourra en rebuter plus d’un. Puis, peu à peu, on se prend au jeu. Le style heurté a sa propre personnalité. Alloué à une maquette originale avec des débuts de paragraphes ferrés à droite il prend un peu plus d’ampleur. Un seul regret : l’absence d’un vrai personnage secondaire qui aurait pu alléger ce récit. Mais ce n’était sûrement pas l’intention d’un Hubert Selby Jr, auteur atypique parmi les atypiques.

Hubert Selby Jr dresse un portrait noir de cette Amérique sous le joug d’un autre Jr, GWB, et qui perd, peu à peu, tous ses idéaux. Et c’est une raison suffisante pour le (re)lire !

julien védrenne

   
 

Hubert Selby Jr, Waiting period (traduit par Claro), Flammarion coll. « Pop fiction », février 2005, 249 p. – 18,00 €.

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