Henscher & Emmanuel Herzet, Les Prométhéens – t.1: « Réunion de famille »

Henscher & Emmanuel Herzet, Les Prométhéens – t.1: « Réunion de famille »

Ne plus être ce qu’on a été !

Quand des populations entières les respectaient, les craignaient, les adoraient, les dieux étaient grands. Leurs luttes intestines et l’émancipation des foules leur ont fait perdre leur piédestal, en l’occurrence, l’Olympe. Depuis, ils se cachent car ils sont traqués. Henscher et Emmanuel Herzet livrent une vision décapante de la déchéance de ces divinités et des conséquences induites.
Poséidon, le maître des flots a perdu sa puissance et peine à rester sous l’eau, même au milieu des dauphins comme jadis. Il est traqué par Thymos, un individu qu’il pensait mort à Hiroshima en 1945. Or, celui-ci, bien vivant, est là pour le tuer comme il a déjà, au fil des siècles, tué d’autres dieux grecs. Le lendemain, Hermès, en costume cravate, surgit d’une fontaine pour convaincre Dionysos de l’accompagner à une réunion présidée par Hera, Zeus n’étant plus que l’ombre de lui-même. La situation est grave et la mort de Poséidon est un signal fort. Les survivants sont contraints de faire appel aux héros et aux primates pour se protéger de ce tueur mystérieux, acharné à leur perte. Mais, rien n’est facile, ni simple, surtout pour des dieux réfugiés dans des enveloppes humaines…

La mythologie reste une source inépuisable de scénarii et de récits. N’est-elle pas à l’origine de toutes les histoires possibles, ayant transposé, avec des dieux et des héros, toutes les situations possibles entre humains ? Il reste cependant des voies à explorer comme celle choisie par le duo Henscher et Emmanuel Herzet en ramenant des divinités au rang des mortels, obligés de vivre sans leurs pouvoirs dans des corps aux capacités bien limitées. Les auteurs donnent libre cours à leur imagination, usant d’un second degré et d’un humour décapant. Ils confrontent, par exemple, les pratiques ancestrales aux courants de pensées modernes. Alors qu’Héra sacrifie un taureau pour lire l’avenir dans ses entrailles, Artémis s’insurge car elle ne croit plus à ces pratiques et milite dans une association pour le respect du droit des animaux. Ils font de Dionysos un pochtron fini, mais qui a su trouver une place parmi les humains en pratiquant, comme chef de gang, tout ce qui est illicite, ou presque. Hermès est le jeune homme bien sous tous rapports, la représentation du gendre idéal.
Les héros sont des baroudeurs armés d’armes automatiques. Dans un camp de guérilleros, Jason reproche à Persée de se rouler dans la toison d’or pour dormir. Les scénaristes font appel à nombre de ces divinités qui peuplent la mythologie et les transforment en individus d’aujourd’hui. Finis les costumes de l’époque fait de petits pagnes ! Ils insèrent, dans leur récit des faits dramatiques authentiques. Ainsi Hadès, le dieu des enfers, comprend que la mort de Poséidon a entraîné un tsunami car : « … je n’avais plus vu autant de noyés depuis 2004. »
Le graphisme a été confié à Rafa Sandoval et son équipe, la couleur à David Garcia Cruz. Ceux-ci, des habitués des pages de Marvel et de DC Comics, apportent leur savoir-faire et une forte modernité pour animer ce florilège de super-héros. Ils traitent le dessin à la façon de celui des comics, donnant force aux actions et densité aux combats et affrontements.

Ce premier tome, d’une série de quatre, avec cette mise en scène truculente des grandes figures de la mythologie grecque, est un régal d’humour, d’inventivité et de dynamisme. Souhaitons une suite à la hauteur de cet album.

serge perraud

Henscher et Emmanuel Herzet (scénario), Rafa Sandoval (dessin), David Garcia Cruz (couleurs), Les Prométhéens, tome 1 : « Réunion de famille », Le Lombard, janvier 2015, 56 p. – 13,99 €.

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