Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur

Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur

Quand la quête du bonheur conduit au pire des malheurs

A combien estimer une vie ? C’est la question récurrente que doit se poser Antoine, expert en assurance, quand il s’agit d’indemniser au mieux les victimes d’accidents et leur famille. Un métier dans lequel il excelle, jusqu’au jour où il commet une erreur, celle de révéler enfin la part d’humanité qui sommeille encore en lui, quand il prend parti pour une victime en mal d’argent. Dés lors, sa vie connaît des changements drastiques et il remet en question tout ce qui a fait son quotidien jusqu’à present. Alors que sa famille connaît des crises et des passages à vide, il essaie tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau …mais la noyade n’est pas loin, et il pourrait bien y entraîner les siens. Du Nord de la France, où il a passé son enfance, à la côte Ouest du Mexique, Antoine finira-t-il par trouver la rédemption ?

Depuis le succès de La liste de mes envies, Grégoire Delacourt n’est plus à présenter.  Après avoir fait rêver, voir fantasmer ses lecteurs en mettant en scène le sosie de Scarlett Johansson dans La première chose que l’on regarde, il revient en force avec une écriture plus dramatique et plus proche de son premier roman : L’écrivain de la famille. Avec On ne voyait que le bonheur, l’auteur nous plonge au cœur de notre humanité, en suivant le questionnement d’un homme sur la valeur de sa vie, ou de la Vie en général. Très vite, on est touché par la douleur de cet homme qui, faute d’avoir reçu de l’amour durant sa jeunesse, ne sait pas en donner aux autres. Sa descente progressive vers l’enfer, qui occupe la première partie du roman, nous donne l’envie à chaque page de devenir son ange gardien afin de lui éviter le pire. Mais rien y fera, la bienveillance du lecteur n’empêchera pas le pire de se produire, et de voir la famille d’Antoine exploser.  La deuxième partie relate la construction d’une nouvelle vie, un chemin qui ressemble à un purgatoire, tant Antoine veut oublier l’homme qu’il fut avant, mais veut-il vraiment tout oublier ? Et réussira-t-il à trouver le pardon ?

Dans la dernière partie du roman, une narratrice vient relayer Antoine, et nous bouleverse par son vécu, et l’intensité des émotions qu’elle nous livre au fil des dernières pages. On ne sort pas indemne de ce roman rythmé par des titres chiffrés. Que vaut vraiment une vie ? chacun doit apporter sa réponse à cette question. Elle sera certainement différente de celle d’Antoine, dont les souvenirs, douloureux mais aussi parfois drôles, touchent le lecteur à chaque chapitre. Le talent de monsieur Delacourt réside en cela : créer des histoires humaines, des héros/ïnes si proches de nous qu’on les quitte avec regrets. Oui, parfois, nous ne voulons voir que le bonheur pour oublier ce qu’il nous coûte d’avancer dans nos vies terrestres.
En tout cas, une chose est certaine, la Vie n’a pas de prix !

franck boussard

Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur,  J.C Lattès,  2014, 364 p.

 

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