Good bye Lindita (Mario Banushi)
© Theofilos Tsimas
Cérémonie intérieure
Dans un appartement, nous portons notre regard dans l’intimité de ce que nous pensons reconnaître comme une famille : un lit, quelqu’un dort, une table, deux personnes assises, l’œil rivé sur la télévision. L’atmosphère est datée comme d’un monde figé. Puis il y a des moments de pleurs, qui entrecoupent les activités. Une étrange malle est ouverte, découvrant un corps gisant. Alors s’expriment les émotions les plus diverses, les plus marquées, dans une étonnante absence de retenue.
On touche ce corps nu : la relation tactile est d’autant plus importante qu’elle est en l’occurrence sans retour. On répand sur lui des onguents, des odeurs ; il s’agit de rituels d’accompagnement, d’hommages pondérés, présentés dans la simplicité de leur effectuation. La personne est baignée, manipulée, enfin habillée. S’impose éclatante et terrible, iconique, l’image nuptiale d’une femme sacrifiée et parée ; la salle est sollicitée dans ses mémoires olfactives.
Est-ce notre relation à la mort qui est montrée, explorée, dans ces gestes qui ont perdu leur objet ? L’illustration musicale cérémonieuse procède de multiples inspirations ; l’omniprésence de sons intenses supplée les dialogues. On assiste à de mystérieux rites de passage qui disent notre affectueuse bienveillance en même temps que notre insuffisance, finalement symbolisée par le dénuement.
La scène devient-elle trop intense ou trop énigmatique, que s’ouvrent des failles, des fenêtres, des fentes : notre angoisse s’insinue par ces béances, exutoires pour les excès de l’errance onirique. Des gestes d’intimité pour dire ce que nous avons de cher, notre attachement ultime qui exprime au mieux notre condition de mortels. Ce sont des funérailles officieuses, des procédures hermétiques et déconcertantes qui agissent comme des baumes spirituels sur notre vulnérabilité. Sans doute nourrissent-elles notre désir de vivre et notre combativité.
Une image finit par s’imposer, résolutoire, énigmatique et familière à la fois, au moment d’abandonner la salle pour retrouver notre scène intérieure, qui aura été affectée, voire bousculée et réorganisée par cette étonnante expérience.
christophe giolito & anne-laure benharrosh
Good bye Lindita
un spectacle de Mario Banushi
Avec Mario Banushi, Dafni Drakopoulou, Alexandra Hasani / Megi Shuli, Akillas Karazisis, Erifyli Kitzoglou, Rita Lytou, Heleni Habia Nzanga, Eftychia Stefanou.
Scénographie, costumes Sotiris Melanos ; lumière Tasos Palaioroutas ; dramaturge associée ; Sofia Eftychiadou ; dramaturgie (National Theatre) Aspasia-Maria Alexiou ; assistanat à la mise en scène Afroditi Kapokaki, Theodora Patiti ; musique Emmanuel Rovithis ; relations internationales Nikos Mavrakis.
Au Théâtre de l’Odéon Ateliers Berthier 1, rue André Suarès 75017 Paris,
du 28 mars au 5 avril 2026, durée 1 heure. Les mardis, mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 20h, le dimanche à 15h. Location +33 1 44 85 40 40
https://www.theatre-odeon.eu/fr/goodbye-lindita-25-26
Production : Goodbye Lindita a été commandé et produit par le Théâtre National de Grèce pour la saison 22/23. Spectacle créé le 29 mars 2023 sur la scène expérimentale du Emerging Artists — Rex Theatre — « Katina Paxinou ». Production déléguée TooFarEast.