Gianni Biondillo, Le Goût du sang

Gianni Biondillo, Le Goût du sang

Les Éditions Métailié proposent une troisième enquête de l’inspecteur Michele Ferraro, policier à Milan. Les lecteurs ont déjà pu suivre les recherches de ce détective particulier dans Le Matériel du tueur et Le Charme des sirènes (Métailié 2013 – 2017).
Dans le premier, il est entraîné dans la traque d’un petit délinquant, apparemment sans histoire, libéré dans des conditions particulièrement sanglantes par un commando mafieux. Dans le second, il doit élucider les circonstances de la mort d’un top-modèle. Si les traductions françaises ne sont qu’au nombre de trois, dans son pays, les lecteurs italiens peuvent découvrir neuf de ses enquêtes.

Salvatore Procopio, dit Sasà, sort de la prison de San Vittone de Milan. Personne ne l’attend. Dans le bus qui l’emmène au Quarto Oggiaro, le quartier qu’il a toujours connu, il défie du regard une petite frappe du nom de Marco, qui sème la terreur, et descend. En arrivant à sa destination, il retrouve la petite bande qui entoure Marco. Celui-ci exige des excuses… à genoux et menace Sasà d’une arme. Mais vite désarmé, il reçoit une bonne leçon et un coup violent.
Or, Sasà n’est pas quelqu’un d’ordinaire. Il a commencé dans le trafic de drogues, s’est livré au chantage puis a fait régner la terreur, pour le compte de divers clans mafieux. C’est surtout un électron libre.
Lorsque Marco se réfugie auprès de son oncle, Francesco Greco, pour se faire soigner, il est mal reçu. Mais ce dernier veut savoir comment son neveu a été blessé. Après plusieurs versions, Marco finit par avouer qu’il a été bousculé par un vieux à qui il manque un morceau de l’oreille gauche. C’est alors la panique car Francesco connaît bien Sasà. Ils ont fait équipe dans des trafics de toutes natures pour le compte de la ‘ndrangheta. Il embarque son neveu dans une balade au bout de laquelle…

Parallèlement, Sasà poursuit une route qui le mène vers de nombreux personnages avec une ferme détermination. Mais, tous se posent la question : comment a-t-il pu être libéré après quatre ans d’emprisonnement alors qu’il a été condamné à trente ans ?

C’est presque malgré lui que Ferraro se retrouve à suivre la piste qui semble erratique de ce tueur. Bien qu’en retrait, poussé par Augusto Lanza, son supérieur, il tente de comprendre ce qui motive ce criminel. En effet, celui-ci va se confronter à son passé, à d’anciens complices, aux nouveaux mafieux qui jouent aux tyranneaux de banlieue, à sa famille, sa sœur, son épouse et sa fille.
Le romancier entraîne son lecteur dans une Italie violente. Il concocte autour de ce policier fatigué, usé par ce qu’il entend et voit quotidiennement, par les incivilités constantes, une galerie de personnages d’où émergent des figures féminines d’une grande beauté. Il donne une place essentielle à des femmes aux caractères trempés, qui savent analyser les situations mieux que leurs pendants masculins trop axés sur leur ego.
Avec Milan en toile de fond, un Milan glacial sous la neige, Gianni Biondillo génère une ambiance très sombre. Il joue beaucoup avec les intrusions dans le passé, donnant à son roman une construction particulière servie par une écriture pleine de saveur, un vocabulaire relevé selon les protagonistes. Il installe, par exemple, un gérant de salle de boxe qui travaille la philosophie en vue d’un diplôme dans la matière. Ses descriptions sont limpides, qu’il s’agisse d’actions comme des idées sociales et politiques exprimées.

Un remarquable roman par son ton politique, par les personnages qui portent une intrigue construite avec brio.

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Gianni Biondillo, Le Goût du sang (Il sapore del sangue), traduit de l’italien par Anne Echenoz, Métailié, coll. Bibliothèque italienne, Noir, mai 2025, 360 p. – 22,50 €.

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