Gian Enrico Rusconi, Cavour e Bismarck. Due leader fra liberalismo e cesarismo

Gian Enrico Rusconi, Cavour e Bismarck. Due leader fra liberalismo e cesarismo

Deux grands hommes d’Etat face à face

Ce livre est tout à la fois un récit et un essai. L’auteur s’intéresse à l’idéologie et aux actions politiques des pères de l’unité italienne et allemande, Cavour et Bismarck. Les deux hommes n’ont pas conduit les destinées de leur pays durant la même période, mais leur identique dessein unitaire conduit inévitablement à une comparaison.

La ligne suivie par Rusconi est celle de l’idéologie. Elle vise à dépasser la vision, présentée comme traditionnelle mais en fait depuis longtemps remise en cause par l’historiographie, qui oppose un Cavour chantre du libéralisme à un Bismarck incarnation des forces autocratiques et réactionnaires.

Le livre se présente sous la forme d’un premier chapitre consacré à l’unité italienne, suivi d’un second sur l’unité allemande, et s’achève sur une analyse globale et comparative des deux hommes. A chaque fois, les points de vue respectifs sur l’unification de l’autre est inséré au récit des évènements, toujours présentés avec clarté et une pertinente mise en perspective historique.

Le lecteur au fait des évènements n’apprendra rien de nouveau sur les mouvements unitaire italien et allemand. Par contre, les pages consacrées à la diplomatie prussienne face au Risorgimento et aux affres de l’alliance prusso-italienne contre l’Autriche en 1866 s’avèrent riches et passionnantes.

L’auteur décrit les réticences conservatrices de la Prusse devant le viol des légitimités monarchiques effectué par le Piémont de Cavour et les ambitions italiennes sur des terres allemandes. Réticences que ne partage pas Bismarck qui voit immédiatement tout le profit que le mouvement unitaire allemand, sous direction prussienne, peut en tirer dans son combat contre l’Autriche. De même, Rusconi revient en détails sur les ambiguïtés et les arrière-pensées de la guerre menée en commun, toujours contre les Autrichiens, en 1866.

La diplomatie de Napoléon III n’est pas absente de l’étude, même si le lecteur français aurait aimé des approfondissements. La France constitue, il est vrai, un acteur incontournable de ces évènements. Elle est l’interlocutrice que ni Cavour ni Bismarck ne peuvent ignorer. Là aussi, la composante idéologique est bien mise en lumière. Napoléon III est porteur d’un projet de libération des nationalités dont Cavour se sert avec habileté. Il incarne aussi un synthèse des extrêmes qui intéresse Bismarck.

A propos de la démarche idéologique qui anime les deux hommes, le livre met bien en relief leur opposition. Cavour inscrit ses pas dans le libéralisme stricto sensu et agit dans le cadre du parlementarisme. Bismarck refuse toute contrainte venant d’une majorité parlementaire et fonde le Reich sur le suffrage universel, que ni Cavour ni ses successeurs n’introduisent en Italie. Bismarck rallie même à sa cause les libéraux allemands qui le rejetaient au départ et rompt les ponts avec les conservateurs dont il est issu. Tous les deux, défenseurs scrupuleux du principe monarchique, n’hésitent pas à imposer leur politique à leur souverain réticent.

Notons qu’avec une belle analyse sur la définition et la réalité de la Realpolitik, et une analyse fine des relations entre Cavour et Garibaldi, ce livre offre une belle réflexion sur les courants idéologiques, politiques, intellectuels du milieu du XIX° siècle.

Bismarck a dit : « nous aurions dû inventé le royaume d’Italie s’il ne s’était pas fait de lui-même. ». On est loin de la phrase de Thiers affirmant après la défaite de 1870 qu’il n’aurait pas fait, lui, l’Italie. Et c’est là le cœur du problème. Cavour et Bismarck ont mené deux combats que Napoléon III aurait dû combattre car ils ne correspondaient pas aux intérêts de la France. Mais son héritage, familial, personnel et idéologique, en grande partie, le lui interdisait.

Le livre de Rusconi permet de saisir l’importance de la décennie 1855-1866 pour l’histoire de l’Europe. En remettant en cause l’œuvre du Congrès de Vienne – c’est ce qui aveugle Napoléon III – , Cavour et Bismarck font entrer l’Europe dans une ère nouvelle, sans secousses dramatiques mais d’une manière irréversible.

f. le moal

   
 

Gian Enrico Rusconi, Cavour e Bismarck. Due leader fra liberalismo e cesarismo, Bologna, Il Mulino, 2011, 212 p.- 15,00 €

 
     

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