François Richard, V I E troisième livre – « Division Eidola »

François Richard, V I E troisième livre – « Division Eidola »

Ecrivain-musicien, François Richard est « rescapé le jour d’un poème » tel qu’il le dit, en exergue d’Esteria, première « chanson pour la parole » parue en 2007 au Grand Souffle éditions. Il poursuit ici son triptyque intitulé V I E, dont est publié le troisième volet sous-titré : « Division Eidola ».
L’auteur, lié à l’énigmatique « squat de Rihardi » jointoyé puis diffracté, se retrouve avec certains de ses membres pour libérer des carcans sans limitation de trajectoires ou d’auteurs au péril de leur synchronie. Dès lors renaît un saint pancrace en voltefaces, charrois et a hue a dia du corps, de la conscience, du temps pour atteindre une lumière par oblitération des sens ou du sens.

Ce récit s’est immiscé chez l’auteur avec l’absolue ambition de croiser la fulgurance verticale en chaque instant, « avec le courant horizontal d’une durée de vie dense – soit avec le voyage, le récit. », écrit-il. Et d’ajouter : « Des jeunes gens, pendant notre temps, dans un squat de ruines et de vestiges, oublié en haut d’une butte hors d’atteinte ; chacun orphelin et amnésique à quelques années de là, réveillés dans ce lieu à leur sortie de l’adolescence par une figure impressionnante ».
« V I E, L’asquatation » se fonda comme le livre initiatique mais ici les jeunes auteurs d’antan sont pris de vitesse à leur sortie de l’adolescence par une figure de l’homme bâti de récits et langues qu’il est le dernier à connaître. Il transmet une lignée vers le secret de toute chose là où la « Division Eidola » explore des concepts liés à la poésie et à l’univers manifesté, avec une structure qui évoque des récits et langues anciennes.

Dans un tel type de livre et de fiction, rien n’est comme avant même si d’une certaine manière François Richard se rapproche de l’Internationale situationniste, mais en lieu et place de du « Manifeste Panchounette » fondé sur une base théorique, ici V I E devient une fiction interventionniste.
Reste la difficulté d’un tel ouvrage diffus et profus. Car à la lecture le tout est branlant, fragile, parfois volontairement imparfait par renfort d’ubiquité structurelle. Preuve qu’il existe dans une telle partition plurivoque du Schönberg. Si bien qu’un tel livre joue le rôle de manifestation dont certains passages semblent exposés sans choix alors que tout auteur en fera la demande.

Le texte devient autant topos que lieu où se succèdent diverses interventions pirates ou non. La pratique du roman s’intensifie et se focalise en supports et surfaces où les données s’opposent mais aussi s’érigent en logos non sans effets de valse et/ou de transition là où se juxtapose l’intolérable et l’acceptable dans le vulgaire et/ou la sophistication.
Sachez qu’ici le lecteur est dépaysé dans cette œuvre mouvementée. Peut-être la postérité la guette-t-elle au milieu de débris ramassés. Si bien que François Richard devient pour la littérature ce que Tony Cragg, fit pour l’art en brillant parodiste. Mais le premier va plus loin au nom d’une incohérence défaite mais indéchirable. Et enfin, la forme même du romanesque se radicalise de manière grinçante là où un certain ratage volontaire tient lieu de réussite parfaite – ou presque.

jean-paul gavard-perret

François Richard, V I E troisième livre – Division Eidola , Le Grand Souffle Editions, Coulonge sur Sarthe, 2026, 304 p. – 18,00 €.

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