François de Coustin, Louis Bonaparte – Roi rebelle et mélancolique

François de Coustin, Louis Bonaparte – Roi rebelle et mélancolique

Dans la famille Bonaparte, Louis est sans doute celui qui souffre de la plus mauvaise réputation : incapable, neurasthénique, effacé, roi détrôné puis effacé. Son seul titre de gloire? Etre le père du futur Napoléon III – du moins en théorie… Il méritait une biographie équilibrée, dense, bien informée. Nous en disposons maintenant avec celle de François de Coustin. Trois éléments me paraissent importants.

Tout d’abord, le portrait précis que l’auteur en fait : un jeune homme élevé, puis promu dans la carrière des armes par son frère Napoléon, militaire contrarié qui détestait la guerre, aimait la littérature, poète talentueux, et à ce titre, homme mélancolique, qui a toute sa vie souffert dans son corps des séquelles d’une chute de cheval, époux mal marié à la belle-fille du Premier Consul au nom de la fusion des clans Bonaparte et Beauharnais et dont le couple ne cessa de se déchirer jusqu’à l’extrême fin de sa vie. Mais homme de principes, droit, fidèle à son serment de roi de Hollande, rêveur parfois, plein d’illusions souvent, manquant de force et de caractère. L’anti-Murat en quelque sorte.

Ensuite, son règne sur la Hollande. On sait qu’il s’acheva par une abdication due au conflit avec son impérial frère. Un désastre en quelque sorte. Mais selon l’auteur, le roi Louis chercha à donner le meilleur de lui-même, se passionna pour sa fonction royale, aima le pays et son peuple dont il défendit les intérêts, tant économiques que militaires. En temps de paix, la fusion aurait pu fonctionner entre ce prince français et un peuple pourtant profondément républicain, attaché à un système de pouvoir décentralisé contraire au modèle français. Or, la pression de Napoléon s’avéra trop forte, trop prégnante, trop tyrannique.

Ce troisième aspect ressort très bien de la biographie et ne ravira sans doute pas les passionnés de l’Empereur. On savait que Napoléon était un tyran politique. On le découvre ici tyran familial, imposant ce mariage désastreux à Louis, se mêlant de son couple, adoptant son fils pour en faire son héritier. Pis, leur correspondance dévoile un frère terriblement méprisant, hautain, autoritaire, ordonnant sans attendre autre chose que la soumission, considérant Louis comme l’enfant qu’il éduqua et qui pourtant était devenu adulte, et même roi. Oui un roi de plein exercice, mais qui le devint par la volonté impériale avec une seule mission: appliquer les ordres venus de Paris. Or, Louis – et ce fut là le drame de sa vie – voulait régner lui-même sur la Hollande en comprenant les ressorts de ce pays. Napoléon ne pouvait le supporter, exigeant l’application stricte de la conscription et du blocus. Louis résistant, il perdit sa couronne.

Un triste destin en vérité, marqué par un échec politique et personnel dont Napoléon portait la responsabilité majeure.

François de Coustin, Louis Bonaparte. Roi rebelle et mélancolique, Perrin, mai 2025, 624 p. – 25,00 €.

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