Faith, Hope and Charity (Alexander Zeldin)
Montrer ce qui n’est pas visible
La cuisinière commence à s’installer derrière ses fourneaux ; la mise en place des tables est méticuleuse : l’opérateur est un remplaçant qui ostensiblement s’applique. Des êtres brisés par la vie manifestent à leur manière une socialité précaire. Fragiles, au bord de la rupture, ils vivent tout haut les doutes que les autres éprouvent en sourdine.
Les scènes sont entrecoupées de moments sombres, grondements d’orages et de tonnerre qui donnent une épaisseur au propos. Une communauté fragile se constitue de façon chaotique, chacun n’étant plus à même que de montrer ses failles. C’est tout ce qui reste de liens aux pauvres gens qui frottent leur détresse sans parvenir à l’apaiser, risquant toujours par leur maladresse de l’attiser.
Théodore Zeldin propose un documentaire qui, par son dépouillement, témoigne de la grande précarité des personnes exposées aux difficultés économiques et sociales. Il s’agit de montrer ce qui n’est pas visible : des êtres en perdition lente, soumis à leur propre fragilité, éprouvés dans ce qu’ils ont de plus cher, dans ce qui leur reste de chaleur humaine.
Finalement on assiste au déménagement du local qui va être fermé par les autorités. Par les échanges les plus banals et les plus répétitifs, les termes usités épluchent ces êtres à vif, qui sont tout ce qu’ils montrent parce qu’ils ont trop à cacher, prisonniers d’un passé qui ne sait pas se faire oublier.
Moins les mots sont nombreux, plus ils sont lourds.
Ils ne se donnent que pour dire les nœuds qui enserrent les vies jusqu’à les rendre invivables.
christophe giolito
Faith, Hope and Charity
texte et mise en scène Alexander Zeldin
© Maxime Bruno
Avec Lucy Black, Tia Dutt, Llewella Gideon, Tricia Hitchcock, Dayo Kolesho, Joseph Langdon, Shelley McDonald, Michael Moreland, Sean O’Callaghan, Bobby Stallwood, Posy Sterling, Hind Swareldahab.
Scénographie, costumes Natasha Jenkins ; lumière Marc Williams ; son Josh Anio Grigg ; travail du mouvement Marcin Rudy.
Théâtre de l’Odéon – ateliers Berthier 75017 PARIS
du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 14h et 20h
le dimanche à 15h
avec le Festival d’Automne à Paris
en anglais, surtitré en français — durée estimée 2h
du 16 juin au 26 juin aux ateliers Berthier
dates et horaires sous réserve de modifications
durée estimée 2h
Coproduction National Theatre of Great Britain – Londres, A Zeldin Company
avec le soutien de la Fondation Polonsky
avec le Festival d’Automne à Paris
avec le soutien du Cercle Giorgio Strehler,
d’Arte Trois couleurs.