Evelyne Wilwerth, Hôtel de la mer sensuelle

Evelyne Wilwerth, Hôtel de la mer sensuelle

Tâtonnements, impasses et ouvertures

Par sa manière d’aborder l’érotisme, la poète belge Evelyne Wilwerth, si elle se veut servante des profondeurs, ne se présente en rien comme galérienne de quelques pénitenciers mystérieux. Exploratrice de landes ignorées dans un territoire pourtant connoté, elle avance dans  Hôtel de la mer sensuelle de chambres en chambres, ne sachant plus parfois si celles et ceux qui les louent sont anges ou démons lorsqu’elles et ils hurlent silencieusement dans la béance du gouffre. Certains y plongent douloureusement, d’autres (et c’est rassurant) avec jouissance. Toutes et tous partent à l’assaut du feu des entrailles en voyageurs aveugles ou en visionnaires.

Evelyne Wilwerth sait intuitivement qu’au coeur du noir le plus absolu irradie la flamme. De cette noirceur monte l’hymne à la lumière. Certes, peu d’oreilles ont l’âme à cette écoute, trop de gens entendent mais ne retiennent rien. Néanmoins, dans cet hôtel, la poétesse est la mineure de la lumière. Elle forge l’inutile aux yeux de beaucoup. Toujours plus loin elle creuse l’éros. Parfois à coups de barre du coeur et de l’inconscient. Elle reste équilibriste sur un fil invisible, passeur de et des sens. Comme ses personnages, elle travaille le corps, l’épuise, le mâche, l’offre et le vide. Inlassable Sisyphe à force de rôder si près des amours parfois impossibles, celles-ci deviennent paroles de vie.

L’auteure les écrit. Qu’importe si le temps lui manque, commence à lui manquer. Elle s’en trouve immergée sur les éclisses de son livre. Passer par lui revient donc à se soustraire des lieux communs dans le parcours d’une parole de profondeurs plurielles. Evelyne Wilwerth les multiplie afin de nous extraire du peu que nous sommes. Elle sort de la nuit des songes pour que le corps se baigne dans d’autres lumières que celle des symboles et pour éprouver l’élan d’un azur sous « la peau du ciel et dans la chair de l’infini ». Beau programme – même si tous ses personnages n’y répondent pas forcément.

jean-paul gavard-perret

Evelyne Wilwerth, Hôtel de la mer sensuelle, Editions Avant-Propos, Waterloo, 2015 – 14,95 €.

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