Eve Pietruschi, Il les suivait à distance pour effacer leur pas

Eve Pietruschi, Il les suivait à distance pour effacer leur pas

Tout ce qui reste ou les balades pour un nouvel imaginaire

Eve Pietruschi « ouvre » le paysage de manière très particulière. Il est transformé tant dans son appréhension, sa réflexion que ses mises en scène. L’artiste en rameute des restes qui deviennent des pièces d’un puzzle géométrique : l’objectif n’est pas de les rassembler mais de créer un autre espace avec des déliés, des passages selon des traques et des traces propres à un exercice de contemplation donc de lenteur et d’errance.
Là où tout sinon s’efface du moins se creuse jaillit un rébus optique plein de finesse et de subtilité. Le paysage marginal devient mémoire intime. Eve Pietruschi le photographie non à la manière d’une touriste mais d’une arpenteuse. Paysages traversés tous les jours, paysages inconnus la renvoient toujours à sa propre archéologie de son savoir et de son existence.

A partir de ce fond, elle crée des dessins, des montages sur divers supports dans un mixage étrange. La hantise des lieux jaillit par exemple de la reprises et la transformation d’usines en friche, des serres abandonnées, de châteaux d’eau hors-service. Le paysage est- donc toujours un entre deux états. Ce qu’il contient est souvent de l’ordre du vestige ou de l’emprise en déliquescence. La nature parfois retrouve ses droits au sein d’une luxuriance plus ou moins sauvage et – pour reprendre un titre de ses œuvres –« Joyeusement absurde, doucement mélancolique ».
Existe au sein même des matières choisies par l’artiste des architectures de l’architecture. Si bien que la créatrice rebondit dessus afin de créer ses propres structures : herbiers ou installations propres à reconstruire de nouvelles serres ou « îlots de fiction ». Dès lors, l’œuvre tient moins du paysage que de l’architecture paysagère. L’artiste y inscrit un travail de reprise à tous les sens du terme là où l’arte povvera rejoint l’ esthétique du montage du paysage tel que Yves Brunier l’inventeur trop tôt disparu l’avait imaginé.

Au terme d’ « installation » Eve Pietruschi préfère non sans raison la notion de« voyages immobiles » pour définir son travail. En effet, celui-ci est le fruit d’une marche forcée dans et par l’image afin de monter des utopies au sein (et toujours comme Brunier) de maquettes et structures qui prolongent les éléments dessinés.
L’ambition est grande est parvient à son but : dérégler les codes de représentation afin que le paysage ne soit plus ce qui est devant soi mais d’une certaine manière en dedans, au sein d’une dynamique de l’imaginaire. De telles structures deviennent des narrations, des fictions, des seuils de transition et transposition par cadrage et recadrage en reprises d’éléments épars. Existe la remise en cause de ce qui est donné à voir mais ignoré.. Tout circule de manière nouvelle là où tout commence pour l’artiste : dans sa balade autour de son atelier.

jean-paul gavard-perret

Eve Pietruschi,  Il les suivait à distance pour effacer leur pas, Maison Abandonnée (Villa Cameline), Nice, du 6 avril au 4 mai 2018.

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