Eric Neuhoff, L’Amour sur un plateau (de cinéma)

Eric Neuhoff, L’Amour sur un plateau (de cinéma)

Enlevé et parsemé d’anecdotes cocasses

Aux lecteurs qui s’attendaient à de l’inédit, ce livre réserve d’emblée une mauvaise surprise : il ne contient que des articles déjà parus dans Le Figaro en 2013. Chacun d’eux est consacré à un couple formé par une actrice et un cinéaste, à l’exception du cas particulier de Romain Gary, dont les risibles tentatives de mise en scène ne lui auraient certainement pas valu de se retrouver flanqué par Bergman et Fellini, s’il n’avait pas eu l’heur d’épouser Jean Seberg. (Moralité : séduire une star peut vous attirer jusqu’aux privilèges posthumes les plus improbables.)
Quant aux autres maris d’actrices, nous avons l’embarras du choix en matière de brio, et il y en a pour tous les goûts cinéphiliques : de Sternberg et Welles à Woody Allen et Cassavetes, en passant par Antonioni et Godard. Si Vadim semble quelque peu surclassé, on ne saurait lui contester le mérite d’être entré dans la légende par le biais de B.B. et du titre Et Dieu créa la femme, façon astucieuse de se rendre assimilable au Créateur. Par ailleurs, l’auteur s’intéresse nettement plus à ces dames qu’aux Pygmalion qui les ont fait tourner ; on le soupçonne d’avoir conçu ses articles en fonction du charme qu’il leur trouvait ; mais de quel droit lui en tenir rigueur ?

Les articles de Neuhoff sont bien enlevés et parsemés d’anecdotes cocasses. On apprécie particulièrement son art de choisir les citations, dont cet exquis propos d’Orson Welles : “Les animaux suent, les humains transpirent, Madame Hayworth irradie“, ou l’impitoyable commentaire de Marlène sur elle-même : “Dans ce film, Dietrich est une véritable morue de Lübeck“. On savoure des phrases comme : “Elle est danoise. Il est suisse. Cela fera d’excellents Français.“ (p. 25), où notre lecteur aura reconnu sans mal Anna Karina et Jean-Luc Godard, ou bien, au sujet de Gena Rowlands : “Elle aurait pu avoir son effigie sur les frontons de Times Square, coucher avec des présidents, se gaver d’illusions et de barbituriques. Au lieu de ça, elle est devenue Madame Cassavetes.“ (p. 80).
Un petit bémol : réunis dans un volume et lus d’une traite, plutôt qu’à raison d’un par semaine, les articles font ressortir certains “trucs“ d’écriture un peu trop répétitifs, des effets de syntaxe similaires, qui reviennent un peu partout, finissant par lasser. Peut-être aurait-il mieux valu profiter de l’occasion offerte par L’Herne pour retoucher ces textes, plutôt que de les laisser reproduire tels quels.

agathe de lastyns

Eric Neuhoff, L’Amour sur un plateau (de cinéma), L’Herne, mai 2014, 93 p. – 14,00 €

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