Enki Bilal, Bug – Livre 4

Enki Bilal, Bug – Livre 4

Enki Bilal utilise deux définitions du terme Bug. C’est un défaut d’un programme informatique en français et en anglais il peut s’agir d’un insecte d’une bestiole, d’un virus.

La série débute en 2041 dans un monde entièrement numérisé depuis les implants, la gestion de toutes les énergies, jusqu’aux moyens de communication. Des États sont recomposés mais les tensions subsistent et l’équilibre de la paix est précaire. Bug survient. Si l’effondrement des sociétés est instantané, plus rien ne fonctionne, Kameron Odd, un spationaute qui revient de Mars, hérite de toute l’information perdue et devient la bibliothèque du monde. Il est rapidement identifié comme porteur de cette incommensurable richesse et se retrouve au cœur de la convoitise des États, des diverses mafias.
Or Bug, installé dans la personnalité d’Odd, s’est dédoublé, l’un représentant le Mal, l’autre le Bien. Et, pour l’heure, c’est le premier qui l’emporte. Gemma, sa fille adorée, est retenue prisonnière d’un groupe mafieux qui veut en faire un élément de chantage.

Dans ce quatrième album, en 2042, Odd contaminé, devenu tout bleu, s’est réfugié à Lampedusa sur cette île abandonnée depuis le milieu des années 2030. Il a remis en état de marche quelques structures indispensables. Il partage sa personnalité et emploie le nous quand il parle de faire quelque chose, même basique. Depuis un camp de réfugiés, deux femmes l’observent sur sa terrasse et décident de tenter de le contacter
Soudain, depuis Paris, Gemma établit un contact avec lui. Mais l’image est flottante et il ne la reconnaît pas. Depuis la Sibérie tsariste, Novo-tsarine Yulia envoie un ami d’Odd, alors que la Présidente à Paris cherche à savoir ce que Gemma a pu savoir de son père. Et les dangers se font plus présents…

Enki Bilal poursuit ses incursions dans les failles de nos sociétés modernes en allant jusqu’ jusqu’à un point de rupture. Dans ce monde crépusculaire où la technologie est reine, l’humain tente encore de survivre au centre d’un maelstrom d’informations, de données plus ou moins véridiques. Il imagine alors la disparition brutale de toute information numérique obligeant l’humanité à revenir à des anciennes pratiques. Il sait pointer la vulnérabilité de nos sociétés suspendues entièrement à une technologie fragile. Cependant, il explore dans ce nouveau monde la façon dont politiciens, affairistes, mafieux, reprennent une place dominante.

Le travail graphique d’Enki Bibal est reconnaissable au premier coup d’œil avec son mélange de crayonné et de peinture. Il donne aux visages de sa galerie riche en protagonistes les émotions d’individus au bord du chaos, que ce soit la peur, la fatigue, voire l’épuisement, l’anxiété ou la détermination. Le côté postapocalyptique des décors est très réaliste avec ces ruines, la végétation qui reprend ses droits.
La mise en couleurs dominée par des bleus froids, des ocres poussiéreux, établit une ambiance de fin d’un monde.

Avec Bug, Enki Bilal offre une fable saisissante, installe une civilisation en péril, avec une idée subtile quant à la conservation des connaissances du monde concentrées dans un seul cerveau. Que devine ce porteur et comment le reste de l’humanité peut survivre dans une nouvelle dimension…

Enki Bilal, Bug – Livre 4, Casterman, octobre 2025, 80 p. – 20,00 €.

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