Emily Wit, Future sex

Emily Wit, Future sex

La nouvelle carte du Tendre

Le romantisme n’est plus ce qu’il était : est-il mort ? Pas vraiment. En mutation ? Certainement. Le virtuel a changé bien des choses mais en même temps il fait retour à la langue plus qu’à l’acte même si le langage amoureux n’est plus l’apanage de douces demoiselles et de doux damoiseaux. L’amour trouve néanmoins quelque chose de « platonique » puisque la communion des corps se conjugue sur un mode imaginaire.
Emily Witt s’en amuse plus qu’elle s’en inquiète si l’on se réfère au récit hilarant qu’elle propose de la drague numérique. Se retrouvant célibataire à 30 ans, la journaliste de la revue « N+1 » de New York, suite à une enquête approfondie, développe la nouvelle carte du Tendre.

Allant à San Francisco là où, depuis les années 60, les modes sexuelles made in USA ont vu le jour, elle dresse le portrait de nouvelles pratiques sexuelles : sites de rencontre virtuels, festivals libertaires, castings pornographiques extrêmes, méditation orgasmique, polyamour et pratiques trans-genres. Elle n’a pas hésité à doubler son enquête de sa propre mise à l’épreuve de certains pratiques et méthodes. Ce qui provoque chez elle comme chez ses lecteurs, doutes, angoisses, plaisanteries et franches rigolades. Preuve que le sexe, comme le rire, peut être le propre du genre humain dans ses diverses figurations, fulgurations et ratages.

Le journalisme littéraire prend un virage. D’un côté, il se tord la cheville mais de l’autre, il remonte le long des jambes. Le nouvel « amour » mélange l’évitement, l’initiation plus ou moins brouillardeuse. L’érection ou l’orgasme devient parfois un état intérieur général en un hymne acathiste. Se créent des courants parfaitement tendres ou parfois violents, incarnés ou métaphysiques.
Face à l’histoire de l’humanité qui a fait subir aux femmes le joug de forces inconscientes ou trop conscientes, apparaissent des signes de retournement. Paradoxalement, par effet d’écart, les existences sont parfois moins recroquevillées sur le souci de leur propre « moi ».

Si bien que quelque chose avance dans ce travail où le plaisir trouve de nouvelles voies. Souvent moins « matérielles », elles peuvent être parfois plus « substantielles ». Mais pas à tout coup. L’acte de vie n’est pas forcément une manifestation du vivant. Celui-ci reste souvent insaisissable. Si bien que l’amour comme au Moyen Age reste un point de vue. Ou d’horizon.
Rien de nouveau sous le soleil en quelque sorte. Il s’agit toujours d’ “une nuit pour sauter de joie pieds liés”.

jean-paul gavard-perret

Emily Wit,  Future sex, traduit de l’anglais (USA) par Marie Chabin, Le Seuil, Paris, 2017.

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