Elise Bergamini, Coffret Elise Bergamini

Elise Bergamini, Coffret Elise Bergamini

Fragments du corps

Les femmes d’Elise Bergamini sont sans tête et avec peu de corps. Mais cela suffit pour – écrit l’artiste – « contrarier l’espace qu’elle [la femme] habite. » Le corps échappe à lui-même, se cache tout en se montrant et en jouant les acrobates. Surgit le manque, l’effacement : mais c’est la manière de montrer moins pour « dire » plus. Morceler revient à focaliser au détriment de tout ce qui n’a pas d’importance : seul un geste suffit. Une étrange narration suit son cours par le dessin comme par la broderie ou les empreintes de cire.
Tout permet un relevé de traces du vivant, des émotions et des sensations. Pas besoin de mots et presque plus d’images, sinon par lambeaux. La fragilité de l’être se révèle en retenant du corps « foisonnant et empirique » une sorte d’essence. Ce qui est retiré à l’organique permet non de l’effacer mais d’en préserver plus que la parure : l’essence de l’être. Le regardeur est forcément focalisé sur les portions de vie. Elles prennent diverses formes. Rapprocher l’œuvre de l’ex-voto est donc superfétatoire : contrairement à un tel genre, le corps flotte et s’envole. Dépouillé de tout superflu, il suggère avec intensité l’Eros et la chair. Le vide (ou presque) crée la forme dans une extrême simplicité minimaliste.

Celle-ci n’exclut pas la narration. Elle devient la fouille du destin et la manière d’épouser l’autre ou de s’épouser soi-même. Les fragments du corps proposent donc une intimité métaphorique et presque métaphysique en dépit de la dimension charnelle. Il existe là une forme de pureté plus troublante que l’image érotique traditionnelle. On pense bien sûr à Kiki Smith, à Cécile Hug et Laure Forêt pour lesquelles la peau, les tissus conjonctifs créent une poésie particulière. Le blanc du support intègre le corps lui-même. Il permet – même dans ses torsions – une circulation selon une harmonie qui n’a rien d’imitative.

jean-paul gavard-perret

Elise Bergamini, Coffret Elise Bergamini, Editions Derrière la salle de bains, Rouen, 2016 – 25,00 €.

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