Edwige Fouvry & Lou Ros, Apparitions, disparitions

Edwige Fouvry & Lou Ros, Apparitions, disparitions

Ce qui arrive : Edwige Fouvry & Lou Ros

Pour Edwige Fouvry et Lou Ros, la peinture se veut la creux-ation du corps érotisé pour le remplacer par un ordre de la défaite et de la disparition. L’icône est renversée. Chaque modèle devient ainsi présence de l’absence, présence in absentia où se manifeste une autre présence mais sans qu’aucune clé ne soit jamais donnée. L’aspect marmoréen des portraits n’évacue cependant en rien la brutalité des sensations. Par l’habileté de leur technique, les deux artistes créent un art de la séduction paradoxale en un besoin de totaliser des spéculations conscientes et inconscientes de même que la synthèse entre eros et thanatos La femme nue demeure toutefois une sainte des plus paradoxales. Les artistes entendent y totaliser la douceur du monde au moment où l’apocalypse semble pour demain au sein d’une pluralité de scènes et de narrations.

Proche de l’engloutissement,le monde semble en état de cauchemars où néanmoins perdure un rêve. Ou un espoir. D’autant que les peintures ouvrent aussi bien à une contemplation purement esthétique et idéale qu’à une vision où le grain de peau ramène à des considérations plus tragiques – même s’il demeure dans la « viande » « pratique » quelques iris incendiaires là où les dégradés du noir au blanc laissent surgir une prise exponentielle dont le corps ne sort pas indemne. L’érotisme est donc censé perdre de sa solidité, le dehors et le dedans deviennent des notions qui ne fonctionnent plus tant il y a des altérations moins de surface que d’intentions. L’idéalisme s’en sépare mais une force d’apparat reste patente. Bref,, la peinture dans son réalisme prend un caractère métaphysique qui est moins un appel vers un au-delà qu’une réflexion sur l’état physique du quotidien. Réaliste la peinture ne se veut pas métaphore de sa perfection mais transfiguration de ce qu’elle devient.

La débandade des horizons érotiques veut suggérer les confins où ne s’amorcent que bien peu de promesses. Ce qui n’empêche pas le regardeur de se retrouver le cul entre deux chaises. Comment faire autrement d’ailleurs face à des images où surgissent des entrelacs, des enchâssements qui font enfler l’ombre ? Celle-ci devient étreinte ou chevet, clivage et éclipse. Chaque pan d’ombre vit là où les formes croisent deux œuvres, fragiles et drues, sur le fusain frais des lisières de la nudité qui témoignent autant d’une chute que d’une remontée. Quelque chose contraint la pensée à plier. Les formes et les ombres contredisent le temps en embrassant tout l’espace. Nous voici dans le moins du monde ou plutôt dans son intégralité.

jean-paul gavard-perret

Edwige Fouvry & Lou Ros, Apparitions, disparitions, Galerie Guido Romero Pierini, Paris, 7ème, novembre-décembre 2014.

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