Edouard Onslow – Un peintre en Auvergne au XIXe siècle

Edouard Onslow – Un peintre en Auvergne au XIXe siècle

Une exploration de la vie auvergnate au XIXe siècle à travers la peinture d’un artiste trop peu connu

 Ce très beau livre a été édité à l’occasion du centenaire de la mort de l’artiste, en 2004 – anniversaire salué par une exposition importante, au Musée de la Haute Auvergne à Saint-Flour, dont le commissariat était assuré par Jean-Jacques Le Moan. On notera au passage que ce peintre n’aura, en tout, bénéficié que de trois grandes rétrospectives : 1955, 1987, et 2004.

 La famille d’Edouard Onslow (1830-1904) émigre d’Angleterre en Auvergne, à la fin du XVIIe siècle. Son établissement en France relève d’un troublant scandale – pour l’époque – lié aux mœurs du grand-père : une aventure sentimentale « contre nature ».
Installé à Clermont-Ferrand, cet homme épouse alors Marie-Rosalie de Bourdeilles de Couzances, famille de Brantôme et fonde la branche française des Onslow. Edouard Onslow, le peintre, est le neveu du compositeur Georges Onslow (1785-1853), dont l’œuvre musicale riche, lui valut d’être salué comme le Beethoven français. Considéré comme le meilleur compositeur de musique de chambre, il eut un rôle majeur dans l’histoire de la musique française à l’époque romantique. La tendance artistique va se confirmer à travers le parcours d’Edouard. 

La famille, très catholique, vit pendant plusieurs générations au cœur de la campagne auvergnate, dans la vallée de Blesles, autour de son abbaye, près de Saint-Flour. Rattachés à ce mode de vie rustique, aux relations particulières entre gens de la campagne, où le temps semble s’appesantir sur les êtres, les Onslow vont s’intégrer à la population locale, voire se considérer comme Auvergnats.
Lorsqu’il a 4 ans, son père disparaît et le jeune Edouard s’attache de manière fusionnelle aux femmes qui l’entourent (sa mère, sa grand-mère et plus tard sa sœur Gabrielle chez qui il vivra et de qui il restera toujours très proche).
En 1850, à l’école des Beaux-Arts de Paris, il fréquente les ateliers d’artistes, cherche sa voie, entre romantisme et néo-classicisme, Delacroix ou Ingres ?..
Son professeur, Léon Cogniet (1794/1880), peintre renommé à l’influence non négligeable, développe chez le jeune Onslow le goût pour les maîtres flamands du XVIIe siècle, comme Brouwer, peintre préféré de Rubens. Leurs scènes de genre ou intimistes, leurs illustrations de la vie quotidienne ou d’intérieurs résonnent très fortement en lui.

L’inspiration d’Onslow s’ancre dans la transcription de la vie auvergnate sous tous ses aspects. Une invitation à la vie familiale dans une atmosphère éthérée, tel un éden. L’ensemble est porté par un travail pictural sur la lumière absolument fascinant. Chaque tableau distille une luminosité singulière, intérieure, ou révélée (fenêtre, brillance, reflets…) mais souvent irréelle. Le tableau illumine en lui-même. C’est tout l’art d’Onslow : la révélation d’une forme de clarté, parfois spirituelle. Elle est portée en avant du tableau et de son contenu. Elle tient l’ensemble.

Malgré cela, l’artiste ne peut s’extraire d’une forme de mélancolie, qu’il dévoilera malgré lui dans sa peinture, à travers les lumières franches ou voilées des paysages. Elle s’incarne chez les ouvriers des petits métiers qu’il décrit, dans les vues panoramiques qu’une perspective lointaine rend infinies, ou dans l’évocation de scènes maternelles.
Toutes les femmes de ses peintures sont des femmes-mères ; symboles d’une famille unie, protectrice, aimante et soudée, telle qu’il l’a vécue enfant mais qu’il n’a jamais retrouvée dans sa vie adulte. C’est une Auvergne idéalisée qui naît des effleurements d’un homme affecté, en proie à une dépression lancinante. Dans ce frisson dévoilé d’un désir enfoui, d’un tourment non consolé, d’une meurtrissure ayant fêlé le cœur de l’homme, Onslow peint l’absence d’affection partagée.
L’artiste représente également de nombreuses scènes religieuses. Onslow a aussi été un peintre du sacré – un chapitre en particulier du livre relève l’importance de cet aspect.

Il est, surtout, le peintre dont le fardeau de solitude transparaît dans les toiles malgré la ferveur exposée de ses personnages. Les toiles aux aspects enjoués, exagérément idylliques, résonnent d’un chagrin sans nom. Lumière étrange, luminosité blême, mais aussi clarté obscure des vues sur les vallées désertes et verdoyantes, éclairées de rayons surnaturels.
Ses dernières années de vie sont celles de la déchéance. La ferveur catholique le tient et il se réfugie dans la prière après divers événements tragiques (décès de ses mère, sœur et neveux ). Il mourra seul, rongé par les rhumatismes et presque aveugle.

L’ouvrage est proche du catalogue raisonné tant l’iconographie est riche.
Après une phase introductive d’une trentaine de pages évoquant l’historique de la famille Onslow, son établissement et sa présence dans la ville de Saint-Flour, s’en suivent deux études sur le rôle des animaux domestiques dans l’œuvre de l’artiste. Puis, une analyse fine concerne la qualité ethnographique du travail pictural d’Onslow : « Mythes et réalités du monde paysan ». Une étude sur les vêtements et les paysans révèle l’extraordinaire attention de l’artiste pour ses contemporains (différentes formes de coiffes d’un bourg à l’autre…). Lorsque le lecteur découvre la présentation des tableaux Les lavandières de Saint-Flour et Saint-Flour : la foire au faubourg, ce sont les chants de ces lavandières et le brouhaha de la foule au cœur de la foire qu’il perçoit.
Enfin, l’étude de quatre œuvres, dont Scène de bourrée et joueur de cornemuse, consacrée « œuvre majeure » de l’artiste, termine l’enchantement de la lecture de cet ouvrage à considérer comme l’équivalent d’un documentaire filmé d’une exploration dans le pays auvergnat au XIXe siècle. Un ouvrage d’ethnologie.

Le catalogue proprement dit forme les deux derniers tiers du livre (pp. 67 à 142). Il donne à voir un ensemble de toiles à caractère religieux (portraits de saints, vierges, Christ) dont une magnifique série sur le chemin de croix. Mais aussi de nombreux portraits d’ecclésiastiques de haut rang, de notables, d’hommes et de femmes connus ou non de l’artiste, des personnages du monde paysan (Les colporteurs, La chevrière, La conteuse au fuseau, La demande en mariage, Famille de vanniers, Femme berçant son enfant, Le jeune apprenti, L’aumône), des scènes diverses (Scène champêtre autour d’un joueur de flûte, Le banquet de famille, Scène de danse dans la cour d’une ferme), des paysages (Paysages avec troupeau de vaches, Paysage imaginaire, Paysage d’automne, Paysage lacustre, Paysage italien), de la peinture d’histoire (Annonce à Louis XVI de son départ pour l’échafaud), révélant un artiste trop peu connu. 

En fin d’ouvrage, une revue de dessins (fusain et mine de plomb, sur papier Ingres, sanguine, dont certains avec rehauts de craie blanche), études pour tableaux à venir (Homme assis de dos, étude d’une jeune femme endormie, étude de bras, Étude d’un homme appuyé sur des béquilles, Etude d’un homme attablé) ou bien des études d’œuvres déjà aperçues dans l’ouvrage, terminent l’exploration du parcours artistique d’un artiste émouvant.

Une photo d’Edouard Onslow, prise en 1898, est visible sur la quatrième de couverture. Elle est unique. L’homme est dans son atelier, assis face à un portrait de femme.
Il attend… Non, il n’attend plus. Plus rien.

  pascale orellana

 

Collectif, Edouard Onslow – Un peintre en Auvergne au XIXe siècle, Un, Deux… Quatre éditions, 2004, 144 p. 24×25 cm. – 25,00 €.

Textes de : Andrée Barthomeuf, Françoise Daude, Baudime Jam, Jean-Jacques Le Moan, Florence Marcus, Pauline Marlaud ; Huguette Pagès ; Benoît-Henry Papounaud ; Jean-Claude Roc ; Laurent Védrine

3 réflexions sur « Edouard Onslow – Un peintre en Auvergne au XIXe siècle »

  1. La première phrase de votre commentaire ne comporte-t-elle pas une erreur ?
    Edouard Onslow est mort en 1904. C’est donc pour le centenaire de sa mort,
    et non de sa naissance, que ce livre a été publié.
    Cordialement –

  2. bonjour, un de mes ancêtres, RAYNAL D’AUZOLLES a été peint par ONSLOW à l’occasion de sa nomination à l’ordre de Malte, et j’ai le tableau.
    Originaire de Chaudes Aigues il devait être un notable de la région
    c’est un beau tableau, mais le regard semble vous suivre, et j’en avait très peur dans mon enfance. Ce tableau est visible dans ma maison en Loire Atlantique pendant les vacances.

Laisser un commentaire