Dominique Gonzalez-Foerster, 1887 – 2058

Dominique Gonzalez-Foerster, 1887 – 2058

Dominque Gonzalez-Foerster par delà le temps

Dominique Gonzalez-Foerster brise et mélange de façon brutale ou douce les sources textes-matières-images. L’artiste crée une oeuvre aussi obsessionnelle que parfaitement cohérente. Les medias qu’elle choisit servent à sculpter l’espace autant par le son, l’image que le texte ou les choses : elle les recycle pour créer des histoires et des formes afin que l’art acquiert un statut original. Le tout alimenté par son hypersensibilité face à tout ce qui la touche.
Plutôt que d’exceller dans le type conceptuel, elle expérimente bien des formes d’esthétique possibles. Elle reprend dans l’art ce que Gertrud Stein avait imaginé dans Ida : des phases à rallonge, avec des subordonnées multiples, des tonnes de virgules et pas de point au bout d’une page. L’œuvre est fascinante, poétique, drôle et intelligente. Son imagerie féminine sort de celle inventée par le règne masculin pour donner un rôle mystique et obscur de plus à la femme. Par ailleurs, l’artiste reste intriguée par les figures qui dérangent l’ordre tel qu’il a été imposé, l’ordre naturel, historique et chronologique respectueux et obéissant au phallocratisme ancestral.

1887-2058  développe dans l’espace et le temps, ouvert et débordant puisqu’il s’étend de 1887 à 2058. Dès lors, l’idée même de rétrospective prend un sérieux coup dans l’aile d’autant que le spectateur est confronté à des paysages et des décors intérieurs tropicaux ou désertiques, biographiques ou dystopiques. Tout est expérimental là où rien ne se referme : se produit un échange avec le public. L’exposition le balise de moments où le spectateur devient parfois acteur.
L’art pour autant ne bascule jamais dans l’à peu près d’un simple actionnisme. Tous les mixages recueillis et recyclés au fil du temps (et au-delà) le font sortir des genres prédéterminés. Surgit une série de réalités fictionnelles où coexistent les genres (paysage, portrait, cabinet de curiosité) en métamorphoses et expérimentations. Les concept d’absence et de présence, d’identité et de réalité sont revisités à partir du cinéma, de la littérature et de l’architecture et de la musique pour explorer les frontières de l’art selon des propos hétérogènes et hybrides dans un jeu de narrations intempestives où la citation est souvent de mise.

Faisant suite à ses expositions au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (2007), à la Tate Modern (2008) et au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid (2014), l’artiste trouve avec cette exposition son rôle majeur dans l’art du temps. Elle montre comment l’art joue, raconte, mute dans des œuvres qui apparaissent parfois comme des rêves éveillés et utopiques. L’artiste assume son instinct de compétition et d’ambition même s’il génère des angoisses qui servent de vecteurs de création.
Dominique Gonzales-Foester rappelle aussi que des fantômes planent toujours sur la civilisation. Face à eux, elle active sans cesse sa liberté de pensée, d’aimer, d’apparaître dans une pratique de l’ouverture extrême jusqu’à introduire une philosophie en image dans l’art.

jean-paul gavard-perret

Dominique Gonzalez-Foerster, 1887 – 2058, Centre Pompidou, Paris, du 23 septembre 2015 au 1er février 2016.

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