Denis Bajram, Valérie Mangin & Thibaud de Rochebrune, Inhumain : Quintessence
Dans Inhumain (Dupuis – octobre 2020), un vaisseau spatial terrien s’écrase sur une planète inconnue. Les cinq survivants découvrent des humains qui ont structuré une société divisée en quatre castes selon les éléments fondamentaux. Tous vénèrent le Grand Tout, une entité qui les réduit en esclavage. Les nouveaux venus réussissent à les libérer.
Ce nouveau tome s’ouvre quand un sous-marin a pu être réparé. Il va permettre une exploration au-delà de l’atoll où est confinée la population. Mais il faut que chaque caste soit représentée dans cette expédition. C’est la découverte d’un univers marin avec, cependant, des difficultés multiples.
Sur l’îlot, la situation dégénère car les castes se jalousent allant vers un racisme, un communautarisme. Aussi, quand un groupe vient polluer le lagon sacré pour une autre caste, les tensions s’exacerbent et la situation devient vite explosive…
Valérie Mangin et Denis Bajram voulaient faire un one-shot. Or, pour l’écrire, ils ont structuré un univers dont ils ont tiré quelques éléments pour construire l’intrigue, fluidifier le déroulement de l’histoire. Celle-ci se terminait lorsque les humains avaient gagné leur liberté. Mais, qu’allaient-t-ils en faire ? C’est cette réponse que les scénaristes souhaitent apporter avec ce nouveau volet.
La liberté totale est-elle possible sans un certain nombre de règles à respecter ? Apparemment, les auteurs n’y croient pas ! Toutefois, la longue histoire de l’humanité ne leur donne-elle pas raison ? La question fondamentale n’est-elle pas dans la nature profonde de l’humain, cette violence qui l’habite ? Il y a toujours des individus qui en veulent plus que leurs congénères, que ce soit des richesses, de l’emprise sur le reste du groupe, des bouts de terre. La solution réside, sans aucun doute, dans l’obligation de règles pour que la violence ne gagne.
Avec ce monde si riche qu’ils ont imaginé, scénaristes et graphiste abordent ces questionnements philosophiques, politiques et introduisent une belle dose d’écologie sans jamais sacrifier l’action et l’aventure. Ce qui est dénommé le Grand Tout est, en fait, le concept d’une planète vivante avec qui l’humanité doit composer, se sentir responsable. Ils donnent à leurs principaux personnages une réelle épaisseur psychologique.
Comme pour le premier volet, Thibaud de Rochebrune fait montre de son talent à proposer des paysages grandioses, des huis clos étouffants dans les couloirs du vaisseau, des planches de voyage mental splendides. Il met en scène aussi bien des scènes de violence intense que les moments plus contemplatifs. Outre son trait concis, il réalise une mise en couleurs où il attise les ambiances extérieures, les ombres des souterrains.
Un nouvel album qui démontre, si besoin était, la capacité des auteurs, scénaristes et dessinateur à mettre en scène des mondes où l’action et la réflexion cohabitent harmonieusement.
serge perraud
Denis Bajram & Valérie Mangin (scénario), Thibaud de Rochebrune (dessin et couleurs), Inhumain : Quintessence, Dupuis, Label « Aire Libre », octobre 2024, 112 p. – 25,00 €.
