David Lynch, Twin Peaks – The Return
Les merveilles déroutantes de Twin Peaks ou Lynch l’extra-terrestre
David Lynch, via la troisième saison de sa mythique série et 26 ans après sa première série, dilatant et le temps (en nombreuses répétitions et la longueur délicieusement interminables de certains plans…) invite par immersion une expérience de lâcher-prise plutôt que de rester en position de spectateur désireux de recomposer, épisode après épisode, un savant puzzle au sein d’une fantastique bande-son dont le réalisateur a le secret là où il mélange tous les genres (comédie, thriller, road movie,, etc) de manière onctueuse, parfois drôle parfois (et surtout) émouvante.
Jusque dans l’horreur, la série est grotesque (volontairement), bizarre, insolite, déroutante, fantastique, drôle et surtout abracadabrantesque, baroque et fascinante. Lynch invite à renoncer au désir de comprendre et propose l’abandon. Dévoyant, de manière expérimentale, le précepte en germe dans Mulholland Drive (qui devait être originalement une série), Twin Peaks prouve qu’une clé présentée comme signe ou indice qui devrait dénouer un mystère ne fait que le renforcer voire le façonner.
Pour celles et ceux qui désireraient chercher un point d’appui ou de repère parmi « les mystères absurdes des forces étranges de l’existence » (pour reprendre une bribe du dialogue de cette troisième saison), il ne peut être signifié que ceci : dans le bureau de Gordon Cole interprété par David Lynch lui-même est mise en évidence, une photographie de l’explosion de la première bombe atomique (le 16 juillet 1945 à White Sands, au Nouveau-Mexique). Elle s’avère être le supremus de l’éblouissant épisode 8 (un « hapax » dans le monde des séries).
Un constat désespéré et kafkaïen du monde transparaît dans cette série. Elle reste un événement vertigineux du cinéma comme de la télévision. Cette version 3 n’a rien d’un « revival ». Ayant été forcé de révéler le nom du meurtrier de Laura Palmer, Lynch était devenu plus sombre et misanthrope mais ici rampe un amour constant entre un avatar de Dayle Cooper qui se reconstruit auprès d’une femme (Naomie Watts) qui n’est plus la sienne. Il est vrai que 25 ans ont passé…
Face à un tel monde, le spectateur lambda de série n’est plus tout à fait le même : celui-ci est constamment interpellé par une saisie de fausses pistes où la question centrale est de savoir pourquoi se regarde un tel spectacle : tout est sans importance mais tout est capital dans un travail de frustration et d’euphorie.
La série est une sorte de chasse au trésor qui tient par la plasticité filmique dans laquelle il faut se laisser glisser puis transporter. Apparemment, il ne se passe rien voire rien n’existe mais la puissance physique est toujours là. Quoique dévoyée. Dans une dernière scène, un couple fait l’amour en écoutant les « Platters ». Mais les personnages ne sont plus les mêmes au début qu’à la fin et au moment où une dizaine d’arcs narratifs se rejoignent. Enfin. Et ce, même si les possibles demeurent sous formes d’interrogations qui ne seront pas résolues. C’est un must absolu.
jean-paul gavard-perret
David Lynch, Twin Peaks – The Return, Paramount, 2018.
Coffret 9 DVD contenant les 18 épisodes de la série, et plus de 6h de bonus exclusifs !
LE COFFRET 9 DVD :
1.78:1 Widescreen
*Langues : Anglais, Français, Allemand, 5.1 Surround / Italien, Espagnol 2.0 Surround
*Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois
*Durée : 992 min env.
*Durée totale Bonus : 360 mn
*Langues : Anglais 2.0 Dolby Digital
*Sous-titres : Anglais pour sourds et malentendants, Français, Allemand, Italien, Espagnol, Néerlandais, Norvégien, Suédois, Finnois, Danois
* Bonus :
Les 4 premiers épisodes à visionner séparément ou couplés, comme lors de la diffusion originale
7 extraits promotionnels produits par David Lynch
Un documentaire sur le phénomène Twin Peaks
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