Constance Debré, Love me tender

Constance Debré, Love me tender

Punk attitude

Le livre de Constance Debré pose une nouvelle fois le problème de la grandeur et la limite de l’auto-fiction. Comme une Christine Angot mais avec plus d’originalité, la créatrice, tranche dans le vif, fonce, brave son mari et la justice pusillanime, revendique son goût pour la littérature et les femmes.
Se joue ici la plus superbe revendication existentielle – et ce que cela coûte – face à une société qui « regarde » une telle femme comme un danger sournois. La révolte et d’un nihilisme aussi rageur que nécessaire. L’auteure y décrit comment elle change de vie et de corps dans une sorte d’ascèse qui n’exclut pas le désir.

Son livre est donc celui de la liberté, du dépouillement assumé contre la violence. Constance Debré s’y entraîne à se forger ce qui est plus qu’une carapace indestructible. Et si le titre du texte pourrait faire penser à Presley, son contenu est plus proche d’une « punk attitude » sans la moindre complaisance ou dolorisme. Ce qui n’empêche pas la création d’une émotion chez le lecteur.
Néanmoins, une question demeure ouverte : ce texte n’aurait-il pas été encore plus fort en passant du « témoignage » à la fiction ? Celle-ci transformerait le positionnement de l’écrivaine et donnerait encore plus de puissance à un tel engagement existentiel.

Le « je » se veut sans fard mais la fiction permet parfois, par effet de reprise et fermentation, de plonger dans une opacité comme une clarté plus profondes. Elles peuvent se caviarder par  la stratégie autofictionnelle. Celle-ci a souvent tendance à crisper ou enrayer ce qui trouve néanmoins déjà ici une puissance de feu mais qui joue peut-être d’une émotion trop directe pour créer des échos irrépressibles.

jean-paul gavard-perret

Constance Debré, Love me tender, Hors collection – Littérature française, Flammarion, Paris, 2020, 192 p..

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