Collectif, Niko Pirosmani
Niko Pirosmani est un des peintres géorgiens majeurs. Il est considéré comme l’artiste national de sa patrie d’origine. En partie autodidacte, il est classé comme un peintre naïf. Abusivement sans doute, même s’il fut présenté ainsi dans la Russie Soviétique qui voulut voir en lui un peintre de la vie champêtre. Né dans une famille pauvre, orphelin, il espéra toujours faire fortune dans les affaires puis la peinture – véritable affaire de sa vie.
Il vécut et mourut néanmoins dans la pauvreté et reste notamment célèbre pour avoir réalisé de nombreuses enseignes de doukanis (tavernes de Tbilissi) en échange d’un repas. Sorte de Douanier Rousseau géorgien, son univers est néanmoins onirique, même s’il a peint à côté des scènes de vie champêtre des portraits de scènes mythiques ou politiques.
L‘artiste est devenu le gardien de l’âme profonde de La Géorgie. Mais pas seulement. S’inspirant toujours de l’histoire d’un lieu, il crée des rapports entre les difficultés de vie et une forme d’espérance. C’est la une promesse d’allégresse effleurant sur le front de chaque image pour les communautés qui doivent subir divers jougs.
Existe dans l’oeuvre la richesse d’une langue qui semble « boiter » mais qui indique par ses faux pas des chemins perdus et retrouvés en traversées à gué. Il s’agissait pour Pirosmani de multiplier les points de vue tant sur le monde tel qu’il est que tel qu’il le rêvait. C’est pourquoi l’artiste a défait la peinture de ses ornements pour montrer des figures et des lieux. Leur simplification ne réduit pas le réel tel qu’il est mais le pousse à une essentialité. C’est pourquoi tant s’y reconnaissent : s’éprouve là, sous la feinte de naïveté, la puissance de l’énigme.
Un sublime modeste remplit le cadre de chaque œuvre loin de tout masque formaliste.
jean-paul gavard-perret
Niko Pirosmani, Ed. Bice Curiger, Klaus Albrecht Schröder, Adrian Ciprian Barsan, Hatje Cantz, Berlin, 2018