Celui qui vient du plus profond de lui-même : entretien avec le photographe et éditeur Pierre Léotard (Corridor Elephant & NiepceBook)
Pierre Léotard – aux commandes des éditions Corridor Elephant et de la revue NiepceBook. – prouve que contrairement aux idées reçues l’image facilite l’accès à la connaissance. Face aux raisonnements (discutables) qui continuent à faire peser une chape de plomb sur les prétendus savoirs au non d’un vieux fond intellectualiste et de la « malédiction » qui pèse parfois dans les religions sur l’image, l’éditeur s’élève contre le substrat « touristique » des images. Il prouve que les photographies dignes de ce nom luttent contre les apparences car elles n’enregistrent pas que la surface des choses. Face à la culture fondée sur la sacralisation de l’écriture et le mépris de l’image, user de la photographie ne revient pas à une « re-platonisation » d’une vision caverneuse donc illusoire. Un tel art s’élève par sa force poétique au-delà du simple témoignage illustratif et « dit » ce que les mots ne font pas.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La lumière
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
En partie ce que je vis aujourd’hui.
À quoi avez-vous renoncé ?
Aux mirages
D’où venez-vous ?
Du plus profond de moi-même…
Qu’avez-vous reçu en dot ?
La vie
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Les volutes interdites
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je ne suis pas un artiste.
Comment définiriez-vous votre défense et illustration de la photographie ?
“Libre” ! La photographie, les nouvelles technologies, le numérique dans les années 90, puis l’arrivée du smartphone et des “appareils photo” intégrés aux téléphones comme aux tablettes ont révolutionné la prise de vue comme le rapport à l’image. Photographier est devenu autant un acte de création qu’un acte d’expression ou de communication à la portée de tout individu.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
“La réponse est dans la question”. il y en a une multitude que je garde constamment au présent et dont le flux s’enrichit au temps qui passe.
Et votre première lecture ?
« Pif Gadget »…
Quelles musiques écoutez-vous ?
Tout ou presque avec une nette préférence pour le jazz.
Quel est LE LIVRE que vous aimez relire ?
Un certain nombre, mais si je ne devais en garder qu’un : « La fin de Satan-Dieu » de Victor Hugo.
Quel film vous fait pleurer ?
« Laurence Anyways » de Xavier Dolan
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Ce que je suis devenu.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Sonia Rykiel et Agnes.b
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Rome.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Patti Smith, Hervé Guibert.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Les moyens pour faire davantage.
Que défendez-vous ? L’urgence de l’anarchie.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Lacan ne peut s’empêcher de percevoir le rapport à l’autre que comme descendant ou ascendant. Le point d’équilibre ou le rapport égalitaire n’existe pas dans un monde qu’il perçoit de façon binaire. Je trouve cela dangereux.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ?”
Woody Allen est un enfant gâté.
Entretien et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 24 février 2018.