Celle qui écrit à ceux qui partent sans laisser d’adresse : entretien avec Corinne De Battista

Celle qui écrit à ceux qui partent sans laisser d’adresse : entretien avec Corinne De Battista

Corinne de Battista pose de manière abrupte la question du corps. Il existe une grande place pour diverses entrées : la « beauté », la laideur, la pose, la déformation, la reconstruction au-delà des fantasmes voyeuristes. Mais de tels corps gardent les mains « ouvertes ». L’objectif est de chasser des nuages, d’entretenir des songes en frôlant le seuil de diverses intimités.
La charnière entre les sexes dessine l’envers du visible en posant d’autres questions que celle de la sexualité. A savoir : que devient le regard quand la lumière s’absente ? Que voit-on de l’ombre ? Dans quelle mesure cette ombre affecte-t-elle la visibilité du monde et son intelligibilité ? Pour y répondre l’artiste crée des présences qui conduisent de l’obscur à l’illimité en explorant les envers d’une réalité dont la face lumineuse ne contient pas tous les secrets.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Les idées du soir et les rêves de la nuit, mais bien souvent le réveil.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je les ai oubliés.

A quoi avez-vous renoncé ?
A imaginer ma vie, au confort matériel.

D’où venez-vous ?
Du sud de la France, de la migration et des rencontres.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Une histoire, un passé, des origines. L’idée que dans la vie rien est acquis.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Le café noir plusieurs fois par jour.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Question difficile, je dirais tout et rien à la fois. S’il y a une chose qui doit se distinguer c’est mon travail, alors laissons le faire son chemin…

Comment définiriez-vous votre approche du féminin ?
Je n’y pense pas du tout quand je travaille ou quand je choisis mes sujets, même si j’ai bien conscience que mes modèles de prédilection sont les femmes et les enfants. Je pense que je peins et dessine ce qui me ressemble.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Une œuvre qui me fascinait quand j’étais enfant : « La persistance de la mémoire » (les montres molles) de Salvador Dali. Et plus tard étudiante aux beaux arts, une reproduction de l’oeuvre « One and three chairs » de Joseph Kosuth, j’ai eu l’impression à l’époque que tout avait été dit dans ce travail.

Et votre première lecture ?
Celle qui me reste en mémoire : « L’Etranger » de Camus. Mais si je devais me souvenir de mes premiers contes à l’époque de mon enfance, je dirais « Hansel et Gretel » des frères Grimm.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Je peux écouter des sons et des rythmes assez différents, mais je retourne souvent vers les musiques qui sont propices à la rêverie.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« La chambre claire » de Roland Barthes, je relis des extraits de temps en temps, car j’y trouve toujours des réponses à mes questionnements sur l’image

Quel film vous fait pleurer ?
Il y en a plusieurs, je suis assez émotive, là tout de suite je dirais « Into the wild » de Sean Penn

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je ne sais pas trop, quelqu’un d’autre ? Un double…

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A ceux qui partent sans laisser d’adresse

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
L’Islande, j’y suis restée en résidence un mois et demi en 1995. L’époque, le contexte et les rencontres ont fait de ce lieu un endroit mythique pour moi.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Je n’aime pas faire de liste de noms, je dirais les authentiques et les passionnés, ceux qui n’ont pas d’autre choix que de créer.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Rien, je n’ai jamais aimé fêter mon anniversaire.

Que défendez-vous ?
La liberté sous toutes ses formes. Surtout de nos jours, elle à tendance à se réduire comme peau de chagrin.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?
C’est une vision assez pessimiste, j’aime penser que de temps en temps on donne quelque chose qu’on connaît à quelqu’un qui en a besoin.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais qu’elle était la question ? »
J’ai tendance à faire la même chose, je dis oui facilement, c’est un état d’esprit, je pense que ça fait avancer les choses.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Et sinon dans la vie vous avez un vrai métier ? Je fais de l’ironie bien entendu, c’est une question que vous ne pourriez pas poser, mais malheureusement elle est tellement courante et quotidienne, elle m’attriste à chaque fois.

Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 3 octobre 2016.

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