Ça ira (1) Fin de Louis (Joël Pommerat)
Un propos d’une force sanglante
On se trouve plongé dans la salle du tiers état lors des états généraux de 1789. Il s’agit de justice sociale, avec des mots bruts, qui dessinent un chemin tâtonnant vers une intention droite au milieu de la ruée qu’on entend sourdre ; on sent au fil des échanges teintés d’imminence que les risques pressent. Il s’agit de montrer la culture en ébullition, sous l’effet des peurs, des belles intentions, lors de la conjonction des intentions et des déflagrations. L’effervescence désordonnée est figurée par des débats spontanés, un ton et une excitation qui figurent, autant et mieux que les grondements venant de l’extérieur, l’urgence.
Les débats sont souvent interrompus, conjonction de forces verbales comme prises de mouvements stochastiques. Joël Pommerat montre les événements dans leur survenance : comment ils sont conçus, comment ils surgissent des doutes, des conjonctions de circonstances. Il déclare volontiers faire du théâtre pour voir surgir les choses, demandant à ses acteurs d’agir en telle sorte qu’il s’agisse chaque soir de la première fois. Et il réussit.
Le spectacle mêle l’actualité et l’histoire. Les costumes, actuels, neutres hormis celui du roi, facilitent notre appropriation des discours en présence. Le conseil du roi est présenté comme une réunion de cabinet. Le soulignement de la médiatisation est propre à montrer une France encore si monarchiste. Sont montrées avec perfection la tension et la légitimité des positions : le génial metteur en scène nous permet de voir les choses en leur intimité, dans leur propre genèse. Ce qu’il avait fait avec les conflits familiaux (Cet enfant), les conflits amoureux (La réunification des deux Corées), économiques et sociaux (La fabuleuse histoire du commerce, Ma chambre froide), il l’accomplit avec brio et efficacité en pénétrant les conflits sociaux les plus aigus, matrice de notre histoire politique.
Le propos est d’une force sanglante. Les interrogations présentées sont toujours formulées en termes intemporels, qui résonnent avec nos situations d’incertaines assurances. La représentation, s’annonçant un peu fleuve, se déroule de façon fluide, sans la moindre longueur. Son principal défaut est de nous donner envie de vivre la suite des événements, les drames qui s’amplifient.
christophe giolito
Ça ira (1) Fin de Louis
Une création théâtrale de Joël Pommerat
Avec :
Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Éric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola, Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir.
Scénographie et lumières Éric Soyer ; Costumes et recherches visuelles Isabelle Deffin ; Son François Leymarie, Grégoire Leymarie ; Dramaturgie Marion Boudier ; Collaboration artistique Marie Piemontese, Philippe Carbonneaux ; Assistante à la mise en scène Lucia Trotta ; Conseiller historiqueGuillaume Mazeau ; Direction technique Emmanuel Abate ; Construction des décors Thomas Ramon, Artom et les ateliers de Nanterre-Amandiers ; Régie lumière Julien Chatenet, Gwendal Malard ; Régie son Grégoire Leymarie ; Régie plateau Jean-Pierre Costanziello, Mathieu Mironnet, Pierre-Yves Le Borgne ; Habilleuses Claire Lezer, Siegrid Petit-Imbert, Lise Crétiaux.
Au théâtre Nanterre-Amandiers Centre dramatique national, 7 avenue Pablo-Picasso 92022 Nanterre
Du 4 au 29 novembre 2015, tous les jours à 19h30, sauf le dimanche à 15h30, relâche le lundi.
Durée 4h20 (pauses comprises), Grande salle.
Spectacle créé le 16 septembre 2015 au Manège-Mons, dans le cadre de Mons Capitale de la culture.
Les 3 et 4 décembre à L’Apostrophe (Cergy-Pontoise) ; les 10 et 11 décembre Le Volcan (Le Havre).
Production Bonlieu Scène nationale, Centre National des Arts d’Ottawa, Espace Malraux, Fond d’Aide à la Création Mutualisée du Val d’Oise – FACM, Fondation Mons 2015 Capitale européenne de la Culture, L’Apostrophe, La Filature, Le Grand T, Le Manège.mons, Le Rive Gauche, Le Volcan, Les Célestins, Théâtre de Lyon, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, MC2:, Mostra International de Teatro de Sao Paulo, Nanterre-Amandiers, Théâtre du Nord, Théâtre National / Bruxelles, Théâtre National Populaire.
