Boris Akounine, Altyn Tolobas
Boris Akounine revient sur l’histoire d’un glorieux ancêtre du non moins glorieux conseiller d’État Eraste Pétrovitch Fandorine.
En février 2005 nous avions quitté un Eraste Pétrovitch Fandorine conseiller d’État fatigué mais au sommet de sa gloire. Plutôt que de faire rebondir son héros, Boris Akounine nous propose d’aller à la rencontre d’un de ses ancêtres, Cornelius van Dorn, et d’un de ses descendants, Nicholas Fandorine. Le premier est un mercenaire allemand sans le sou qui émigre au XVIIe siècle en comptant faire fortune avec un fabriquant de perruques hollandais. On dit en effet que la couleur de cheveux de la plupart des Moscovites est celle qui est la plus prisée dans la vieille Europe. Hélas pour lui, dès la frontière passée, il découvre une Russie en total décalage avec le reste du monde qui est, lui, civilisé ! Et puis un apothicaire va lui faire miroiter un trésor inestimable, l’altyn tolobas, la bibliothèque qu’Ivan a reçue de l’Empire byzantin et qui a disparu dans les nombreuses pièces souterraines du palais des tsars. Parmi les livres de cet altyn tolobas, il en est un surtout qui suscite les convoitises : un Évangile qui remet en cause les fondements de la religion et qui permettrait l’avènement de l’athéisme.
Nous suivons, en parallèle, le déroulement des aventures de Cornelius van Dorn et le retour au pays de ses ancêtres d’un grand échalas d’historien, l’Anglais Nicholas Fandorine. Ayant déjà en sa possession la moitié du testament de son glorieux ancêtre, il reçoit par la Poste un article de journal relatant la découverte de la seconde moitié, en Russie. C’est plus qu’il n’en faut à Fandorine pour l’amener à plier bagages et à refaire, trois cents ans après, le parcours du mercenaire van Dorn. De façon un peu analogue, il va rencontrer les mêmes événements et personnages. Certes, l’apothicaire et le tsar ne sont plus, mais ils ont été remplacés par un archiviste et un ponte de la mafia. Le reste n’est que similitude. À ceci près que Cornelius savait ce qu’était qu’un altyn tolobas. Une maison aux treize fenêtres qui a traversé les siècles est la clé de l’énigme.
Si le lecteur s’attend à une nouvelle aventure d’Eraste Pétrovitch Fandorine, il sera déçu. Nicholas Fandorine est le petit-fils du conseiller d’État mais on ne perçoit pas assez qu’un siècle sépare les enquêtes de ce dernier et les aventures de son descendant. Finies les grandes chevauchées dans les plaines russes, la vision de cette noblesse et de ses froufrous. L’histoire se déroulera à notre époque – pour moitié du moins car les chapitres nous emmènent tour à tour dans une Russie médiévale et une Russie qui sort du communisme. L’une et l’autre époque ont en commun l’âme russe mais aussi l’étendue de la corruption.
Ce roman de Boris Akounine s’agrémente d’une énorme dose d’humour à laquelle il ne nous avait pas habitués. Le récit, qui est double, rebondit d’autant plus avec deux héros sensibles et touchants mais diamétralement opposés. Van Dorn était inculte mais athlétique, Fandorine est cultivé et sec. Tous deux ont ce qu’il faut de candeur pour nous délecter mais ne parviennent pas à nous faire oublier le bégayant Eraste Pétrovitch Fandorine.
julien védrenne
![]() |
||
|
Boris Akounine, Altyn Tolobas (traduit par Odette Chevalot), 10-18 coll. « Grands détectives » (n° 3899), avril 2006, 478 p. – 8,50 €. |
