Benoît Peeters & François Schuiten, Les Cités obscures – Les Murailles de Samaris
Les débuts d’une immense saga…
Les Murailles de Samaris est le premier récit de la saga des Cités obscures, paru en album en 1983. La présente réédition est complétée par Les Mystères de Pâhry.
Franz habite la cité de Xhystos. Le conseil, pour mettre fin aux rumeurs relatives à Samaris, a décidé d’envoyer un observateur et Franz est le plus qualifié. On lui promet une place au conseil, des honneurs, une forte somme pour qu’il accepte. Il n’a guère le choix malgré les craintes exprimées par ses amis, par Anna, sa compagne qui n’a jamais revu Clara, sa sœur cadette, partie là-bas.
Le passage de la frontière se fait sans difficultés et Franz commence un long voyage pénible. Lorsqu’il arrive, il voit une ville qui semble massive. C’est à l’unique auberge de la cité qu’il trouve une chambre. Il est troublé par un sifflement, un bruit que l’aubergiste réfute.
Ses promenades dans les rues pour saisir l’atmosphère de la ville, le troublent. Il lui semble que la cité change. Repassant dans les mêmes lieux, il découvre des architectures nouvelles, des détails différents sur les bâtiments. Il retrouve Clara dont l’attitude l’intrigue fortement. De plus, elle dit ne pas connaître Xhystos. Et ce qu’il découvre dépasse son entendement…
Avec cet album, les auteurs plantent le décor de la série, une large part consacrée aux constructions, bâtiments, monuments et conceptions des cités. Parallèlement, ils installent des intrigues qui placent l’humain dans des situations de dépendance, d’assujettissement vis-à-vis d’un environnement qui impose presque sa loi. Ici, la narration se fait sous forme d’un journal de voyage où le héros décrit ce qui constitue son quotidien tant lors de son voyage que dans la découverte de la ville. Le récit est donc à la première personne à travers le témoignage de Franz.
Dès le début, le scénariste installe un climat d’inquiétude avec l’idée d’une menace dont on ne sait rien. On suit le héros dans sa quête de connaissance et, quand il découvre ce qu’il en est, la surprise est de taille. Mais la suite est également savoureuse et effrayante. Les auteurs proposent une jolie fable avec une pointe de surnaturel. Et c’est saisissant.
Avec une configuration rationaliste d’une remarquable puissance, François Schuiten donne corps à des cités. Il use de deux conceptions architecturales, l’une inspirée de l’Art Nouveau et l’autre empruntée au Baroque. Il met en scène des ensembles majestueux, d’une belle élégance et emporte le regard dans les perspectives d’une surprenante somptuosité. Sa mise en couleurs est précieuse avec ces teintes d’une grande puissance évocatrice.
Dans une introduction pour Les Mystères de Pâhry, Benoît Peeters explique que les chapitres de cette histoire constituent le début d’un récit qui est resté inachevé. Ces pages invitent à un circuit riche de mystères et en promesses inquiétantes, propose une originale architecture qui impose aux personnages une adaptation mentale difficile.
Avec cette nouvelle présentation, un format plus grand, les Éditions Casterman redonnent à voir une des plus élégantes et des plus marquantes séries des quarante dernières années. Un pur plaisir !
serge perraud
Benoît Peeters (scénario) & François Schuiten (dessin et couleurs), Les Cités obscures – Les Murailles de Samaris suivi de Les Mystères de Pâhry, Casterman, avril 2026, 96 p. – 25,00 €.