Basile Panurgias, Le roman de Vassilis
Se reconstruire…
Léa se tue en tombant d’un immeuble en construction. Vassilis, son compagnon, assiste à sa chute, se faisant désigner comme responsable par les témoins du drame. Trois ans après, blanchi mais toujours soupçonné aux yeux de certains de son entourage, il décide de retrouver ses sources en Grèce, son pays natal. De plus, il a perdu son emploi.
Il s’installe à Athènes pour tenter de reconstruire sa vie. Mais ce retour aux sources n’a rien d’une renaissance. Il organise celle-ci entre sa mère fantasque, un voisin mystérieux et une archéologue tout aussi énigmatique dont il tombe amoureux. Elle le fait alors entrer dans un monde fait de masques, de trafics, de mensonges…
Basile Panurgias signe un récit fragmenté, introspectif, où le deuil personnel se mêle au désenchantement collectif. Vassilis retourne à Athènes parce qu’il est en quête de quelque chose qui dépasse le simple retour géographique. Il cherche à renouer avec une part de lui-même, enfouie, oubliée ou peut-être jamais vraiment connue.
Mais ce retour n’a rien de nostalgique. Il est douloureux, ambigu, presque hostile. Vassilis ne revient pas pour se réconcilier, mais pour comprendre ou du moins essayer. Il est poussé par une nécessité intérieure, une forme d’urgence existentielle. Comme si, pour avancer, il fallait d’abord revenir là où tout s’est figé.
Athènes, dans ce roman, n’est pas seulement un lieu, c’est une mémoire incarnée, une blessure ouverte, un miroir de son déracinement. Or, Athènes elle-même a changé. Elle est marquée par la crise, par la colère, par une jeunesse qui ne lui ressemble plus. Et dans ce décalage entre ce qu’il espérait retrouver et ce qu’il découvre, se joue toute la tension du roman.
Le romancier ne signe ni un polar ni un roman sentimental, plutôt une méditation sur les ruines, celles des villes, des relations, des souvenirs. C’est aussi la reconstruction d’un homme pris entre son passé et la possibilité d’une existence nouvelle.
serge perraud
Basile Panurgias, Le roman de Vassilis, Éditions Séguier, coll. L’indéFINIE, août 2025, 256 p. – 21,50 €.