Arnaud Blin, Comment Roosevelt fit entrer les Etats-Unis dans la guerre
Roosevelt à la manoeuvre

L’ouvrage qu’Arnaud Blin consacre à la politique que mène Franklin Roosevelt, entre 1933 et 1941, et qui entraîne les Etats-Unis à entrer en guerre, se situe à mi-chemin entre la biographie, le récit et l’essai.
De la biographie, le livre suit les schémas habituels. Il apporte de nombreux éléments sur le milieu d’origine, la naissance, la jeunesse, l’ascension professionnelle et politique de Roosevelt, pour mieux cerner la personnalité de cet homme élu en 1933 à la tête des États-Unis.
Par son récit, Arnaud Blin trace un tableau général de l’histoire des États-Unis depuis la fin du XIX° siècle aussi bien dans le domaine intérieur que pour la politique étrangère, avec suffisamment de clarté pour que le néophyte en saisisse les enjeux.
Dans le même temps, ce livre est aussi un essai par l’analyse fine et approfondie des courants idéologiques étasuniens, par la réflexion que mène l’auteur sur la politique étrangère, par la perspective historique dans laquelle il place constamment l’action de Roosevelt. A titre d’exemple, les pages sur Tocqueville sont parmi les plus intéressantes du livre.
Le livre s’ouvre sur le récit de l’attaque sur Pearl Harbor. Arnaud Blin saisit l’occasion pour mettre en pièces la thèse grotesque du machiavélisme de Roosevelt qui aurait laissé faire pour obtenir le prétexte de l’entrée en guerre. Certes, les symptômes, les indices, sur une attaque, n’ont pas manqué, mais « le simple bon sens » suffit à écarter l’idée d’une manipulation.
A partir de là, les analyses se succèdent sur le parcours et la personnalité de Roosevelt, y compris sur sa vie privée puisque ses relations compliquées avec sa femme Eleanor ont eu une incidence politique majeure ; mais aussi sur la culture de guerre des États-Unis, leurs relations avec le monde, le fonctionnement de leurs institutions, sur le poids de l’isolationnisme et l’influence de ses défenseurs.
La manœuvre de Roosevelt pour convaincre le peuple américain de la nécessité de ne pas rester à l’écart de la guerre en Europe est fort bien décrite. Sa prudence, son habileté, ses capacités de dissimulation et de manipulation font merveille. Il est bien le type même du chef d’État capable d’influencer son opinion publique et de ne pas en être prisonnier, à la différence de ses homologues européens. Il est vrai que Daladier ne dispose pas des pouvoirs du locataire de la Maison-Blanche !
L’ouvrage bénéficie des vastes et fines connaissances de l’auteur sur les États-Unis et la société américaine. Toutefois, Arnaud Blin tombe dans le travers du biographe admiratif de son personnage. A le lire, Roosevelt est un concentré de toutes les qualités humaines. L’auteur cède à un certain lyrisme (parlant d’un Roosevelt ressuscitant « l’espoir dans l’humanité et dans un monde meilleur »), et n’hésite pas à parler de la « folie isolationniste ». Son admiration pour Roosevelt et les Etats-Unis imprègne l’ensemble du livre qui, dès lors, offre le flanc à la critique. Le récit est en outre régulièrement agrémenté de comparaisons parfois très actuelles. Non pas qu’on doute de leur pertinence, mais elles auraient eu toute leur place dans la conclusion qui, d’ailleurs, ouvre d’intéressantes perspectives de réflexion. Bref, un peu plus de détachement n’aurait pas nui à l’ouvrage.
Cela dit, ce livre est fort utile. Avec clarté, et maîtrise du sujet, il permet de bien comprendre le contexte dans lequel évolue Roosevelt.
f. le moal
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Arnaud Blin, Comment Roosevelt fit entrer les Etats-Unis dans la guerre, Bruxelles, André Versailles éditeur, février 2011, 233 p.- 19,90 € |
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