Arnaldur Indridason, Le Livre du roi

Arnaldur Indridason, Le Livre du roi

À la poursuite d’un livre inestimable

En 1863, à Hallsteinsstadir, le dernier endroit habité des hauts-plateaux d’Islande, sous la tempête, un vieux paysan creuse une tombe sur les indications d’un mystérieux individu. Dans le cercueil mis au jour, ce dernier semble trouver ce qu’il cherchait. Et plus personne n’aura de nouvelles du vieux paysan.
En 1955, après une thèse sur la Saga des gens d’Eyrr, Valdemar, un jeune étudiant islandais poursuit ses études nordiques anciennes à l’Université de Copenhague. Il est recommandé auprès d’un universitaire dont il admire les articles et les écrits sur l’ancienne littérature islandaise. Or, il a bien du mal à le rencontrer et quand il le peut, il trouve « un mufle, un mal poli, un arrogant », un homme sous l’emprise de l’alcool, qui le renvoie sans ménagement. Cependant, grâce à ses capacités de lecture des anciens documents, il réussit à se faire admettre par ce Professeur. Ce dernier est obsédé par la recherche d’un ouvrage, le Livre du roi, une partie de l’Edda poétique. Mais, il n’est pas le seul. Les wagnérianistes, les membres d’une société secrète initiée par les nazis, veulent également retrouver ce document.
S’engage alors une course entre le professeur, assisté d’un Valdemar moyennement motivé par l’aventure, et ces nazis en exil. Ils vont aller en Norvège, en Allemagne de l’Est… rechercher des descendants de collectionneurs, explorer des tombes, se mettre en danger car certain sont prêts à tuer et à voler pour s’emparer de ce trésor inestimable…

Arnaldur Indridason est connu, en France, pour ses romans policiers où il met en scène Erlandur Sveinsson, un commissaire de la police de Reykjavik. Celui-ci est traumatisé par la mort de son jeune frère et connaît des difficultés avec sa fille toxicomane. À ce jour, ce sont dix romans, dont un grand nombre ont été couronnés de prix littéraires prestigieux, qui ont été traduits par les Éditions Métailié. Dans un entretien, l’auteur évoquait le fondement de ses intrigues ainsi : « Mes romans traitent de disparitions, mais ils ne traitent pas principalement de la personne qui a disparu… » Avec le Livre du roi, écrit en 2006, entre Hiver arctique et Hypothermie, il reprend une thématique proche puisqu’il retient pour sujet la recherche d’un livre disparu depuis trois siècles. Il développe une histoire qui combine une aventure débridée, une quête spirituelle, un voyage éclairé dans la littérature islandaise et une ode aux écrivains de son pays.
Parallèlement, il montre l’importance de racines, le besoin d’un peuple de se reconnaître autour d’une histoire commune. Il développe cette notion forte de conserver, et en l’occurrence ici de récupérer, une partie de son patrimoine car ce n’est que le 17 juin 1944 que la République d’Islande à acquis son indépendance vis-à-vis du Danemark. En plaçant son intrigue à l’automne 1955, Arnaldur Indridason parle de la transition dans cette période où la situation n’est pas encore totalement éclaircie et où le Danemark fait de la rétention pour restituer des documents anciens, des textes fondateurs de l’Histoire islandaise.
L’auteur explicite, de manière didactique et attrayante toute la richesse de cette littérature. Elle est la base d’une large partie de la mythologie nordique. Il expose les raisons de l’attrait que celle-ci exerça sur des responsables nazis et les symboles empruntés par l’Allemagne hitlérienne. Celle-ci avait la volonté de fonder : « …un empire mondial non sur les territoires méditerranéens et le christianisme, mais au contraire sur le passé germanique. »

Le Livre du roi se lit comme un roman d’aventures érudit et éveille une grande curiosité pour une abondante littérature qu’une barrière linguistique a trop longtemps laissée ignorée.

serge perraud

Arnaldur Indridason, Le Livre du roi, (Konungbók), traduit de l’islandais par Patrick Guelpa, Métailié, coll. « Bibliothèque nordique », 2013, 360 p. – 21,00 €.

 

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