Antonio Mercero, La fin de l’homme
Une des premières policières trans…
Avec ce roman, le premier tome d’une série mettant en scène l’inspectrice Sofia Luna, Antonio Mercero aborde de front la question de la métamorphose.
C’est le commissaire Arnedo qui, prévenu d’un homicide dans un quartier résidentiel de Madrid, demande que ce soit Carlos Luna et Laura Manzanedo qui soient envoyés sur place. Il charge Carlos de l’affaire.
Or, Carlos s’était imaginé bien différemment son premier jour en tant que femme. Après avoir récupéré sa nouvelle carte d’identité consacrant son changement de nom et de sexe, il ferait la surprise à tout le service en se présentant comme Sofia Luna. Mais tout ce scénario est remis en question.
Sur une terrasse, Jon, le jeune fils de Julio Senovilla, a été poignardé. Julio est un auteur de romans historiques tous devenus des best-sellers. Et la révélation, le lendemain, comme s’y attendait Sofia, déclenche des attitudes très diverses de la bienveillance à l’hostilité. Laura refuse la situation mais l’enquête doit progresser.
Le jeune homme a été tué avec une arme médiévale. Personne ne lui connaît d’ennemis. Les regards se tournent vers son père qui ne semble pas avoir de chagrin. Les interrogatoires vont vite révéler que tous les proches du défunt dissimulent des secrets…
Dans la première partie, le romancier mixte l’état d’esprit de cette nouvelle femme approchant la quarantaine et l’enquête qui se révèle délicate dans le cercle des proches. Il raconte le cheminement difficile du changement de sexe à la fois physiquement et psychiquement. En effet, les traitements sont lourds et le regard des personnes que la nouvelle femme côtoie à différents niveaux ne sont pas bien préparés à une telle métamorphose. Le regard de ceux qui ont, par exemple, travaillé des années avec un homme et qui peuvent être surpris de devoir le faire avec une nouvelle humaine qui reste malgré tout la même. Ce qui est inexact, dans le cas précis, c’est l’erreur de la nature.
Mais Antonio Mercero analyse fort bien la collision entre la vie personnelle métamorphosée et l’activité professionnelle bouleversée. Parallèlement, l’auteur déroule une enquête dans un milieu où chacun semble cacher quelque chose. De plus, la célébrité du père mobilise les médias qui affolent, qui s’affolent, racontent n’importe quoi pour faire de l’audience et mettent ainsi les policiers sous pression. De plus, le choix de l’arme n’est pas anodin.
Dans ce roman Antonio Mercero aborde avec finesse la question du transgenre, non comme un élément disruptif novateur, mais comme un enjeu humain profond, traité avec attention et respect.
La fin de l’homme se révèle un polar attractif, qui aborde à travers une intrigue subtile, riche en tensions, une réflexion sur l’identité réelle d’individus. Son héroïne est complexe, mais déterminée à mener de front deux combats sans montrer de vulnérabilité. Un livre qui éclaire le quotidien d’une catégorie de la population qui passe habituellement sous les radars. Or, dans certains pays, c’est préférable !
serge perraud
Antonio Mercero, La fin de l’homme (El final del hombre), traduit de l’espagnol par Sophie Barthélémy, Editions de l’aube, coll. Noire, octobre 2025, 520 p. – 20,90 €.