Antigone (Sophocle/Ivo Van Hove)

Antigone (Sophocle/Ivo Van Hove)

Un grand texte, qui dit toute la fragilité de la condition humaine

Le vent souffle sur un paysage non identifiable, laissant défiler des nuages des ombres des nuées, comme au ralenti. L’écran en fond de scène est occupé en son centre par un cercle dont la lumière pleine ou voilée est mobilisée sous différents aspects au cours de la représentation. Sous le cercle, une porte, autour, des paysages défilent, créant une atmosphère sombre et radieuse. Sur le devant de la scène, encastrés dans le plateau, des éléments de mobilier. Les costumes, contemporains, sont assez neutres. La pièce est traitée globalement, dans l’ambivalence de son sens, qui semble réinvesti à chaque instant par les personnages. Un grand texte, qui dit toute la fragilité de la condition humaine.

Une mise en scène sobre, élaborée, précise, soulignant les pesanteurs et l’universalité du propos. La construction de la représentation est très géométrique ; entre le premier plan qui est celui de la vie, des palabres et de l’indécision, l’au-delà du fond de scène, se déploie le champ où le sacré s’appréhende, où les options se déterminent, radicalement. La verticalité, l’horizontalité servent à figurer le rapport au tombeau, qui n’est pas là seulement le lieu où l’on choit. L’anglais semble émousser les propos de Sophocle et les adoucir quelque peu. Les comédiens sont efficaces et subtils : sobres et nuancés dans leur jeu, ils effectuent une véritable prestation collective. On assiste à un spectacle accompli, riche et édifiant. Bien que présentée dans une structure homogène qui peut paraître un peu statique, la pièce est une très belle réussite.

christophe giolito

Antigone

de Sophocle

mise en scène Ivo Van Hove

Avec : Obi Abili ; Juliette Binoche ; Kirsty Bushell ; Samuel Edward-Cook ; Finbar Lynch ; Patrick O’Kane ; Kathryn Pogson.

En anglais surtitré en français, nouvelle traduction Anne Carson ; décor & lumières Jan Versweyseld ; costumes An d’Huys ; vidéo Tal Yarden ; dramaturgie Peter van Kraaij.

Au Théâtre de la Ville, du 22 avril au 14 mai 2015, à 20h30, sauf le dimanche à 15h.

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