Anja Niemi, Photo London (exposition)
Les visages « égarés » d’Anja Niemi
Les photographies deviennent pour Anja Niemi des armes pour se battre contre son propre spectre, pour savoir sur quel fondement s’arrime sa propre image. Soudain, dans le corps de l’œuvre s’engouffre quelque chose du désir : celui de partir ou de revenir, de ne jamais bouger mais aussi de se mettre en mouvement.
Pour connaître l’identité, il faut donc se promener dans de telles images porteuses d’une émotion perdue. Le visage sort de son silence, entre dans la lumière même si l’artiste pourrait sans doute affirmer « la nuit se pend encore à cela qui me hante« . Mais, chaque fois, Anja Niemi offre sa résurgence.
Il s’agit de voir le voir par l’impact du portrait. Le besoin de créer est lié à l’approche de ce point où, de l’art, il ne peut rien être dit sinon que l’image devient moins une prise qu’un perdre-voir. L’être en représente le sujet à la fois rapproché et écarté. Au bout de cette marche forcée, une seule question nous est posée : Serons-nous un jour au bout des indices posés par la créatrice ?
Pour en arriver là, la photographe a déjà parcouru un long chemin. Elle a appris à esquiver toute maîtrise ou plutôt tout piège de la maîtrise. L’artiste possède un double mérite : celui de ne pas s’appuyer avec confiance sur les formes en leur complexité et d’aller avec rigueur en un lieu « nu » afin de dévêtir notre regard et son inconscient programmé.
jean-paul gavard-perret
Anja Niemi, Photo London, Little Black Gallery, 19-22 mai 2016, Londres.