Andrea Mastrovito, Sous Rature (exposition)
À la fin, le monde sera effacé
Dans cette exposition, des gommes semées sur le sol et foulées par le visiteur laissent place à des visions d’horreur entre autres avec le film « I Am Not Legend » fondé sur un remix du film d’horreur de George Romero de 1968, « Night of the Living Dead » lui-même tiré du roman d’horreur post-apocalyptique de Richard Matheson.
L’artiste italien creuse un tunnel à travers le script de Romero et vide les personnages de l’intérieur en supprimant les dialogues afin qu’il reste une simple coquille de signes extérieurs. Les figures des morts-vivants sont blanchies. Le plasticien déverse un nouveau sens.
Il remplace le scénario original par des citations de poèmes, de romans, de chansons et de films afin d’esquisser un culte de l’oubli de masse et des mondes fracturés et aliénés du postmodernisme.
Mastrovito a employé tout un processus d’impression, puis de peinture à la main, de numérisation et de re-tournage de près de cent mille images fixes. Deux cents d’entre elles sont visibles ici, tout comme l’œuvre, « In Order of Appearance », qui présente les couvertures des sources du scénario du film.
Se découvrent aussi six tableaux noirs en ardoise que Mastrovito a sculptés. Ces tableaux noirs utilisés dans les écoles où de nombreux élèves y laissent leur marque signalent des références à des personnages ou au mythe de l’effacement.
Avec « Damnatio memoriae » – terme latin pour exclure certaines personnes des comptes officiels en nettoyant leur mémoire de l’histoire – le travail se peaufine. Christophe Colomb est enlevé par une grue, Edward Colston est jeté dans le port de Bristol, et dans « Autodafé » les enfants jouent à saute-mouton sur des livres interdits : « Le Manifeste communiste », « Les Versets sataniques » et « L’Amant de Lady Chatterley ».
Mastrovito représente ainsi ce que l’histoire ne nous rappelle pas et qu’en conséquence nous oublions toujours. À la fin, le monde sera effacé.
Mais l’artiste en érige une métaphore en différentes caches.
jean-paul gavard-perret
Andrea Mastrovito, Sous Rature, Wilde, Bâle, du 5 juin au 7 août 2021.
Angensteinerstrasse 37
CH – 4052
Basel , Switzerland
+ 41 61 311 70 51