Alexis Corbière et Laurent Maffeïs, Robespierre, reviens !
Robespierre est d’abord l’homme de la guillotine… et cela ne semble pas prêt de changer
Lors de la dernière campagne présidentielle, le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, n’avait pas hésité à s’inscrire dans la lignée de Robespierre. Comme le rappelle les auteurs de Robespierre, reviens ! en citant l’un de ses discours, celui qui se présentait comme « le bruit et la fureur » s’est notamment écrié sur ses terres : « Gloire à Robespierre » ! Un pari risqué tant le révolutionnaire reste l’homme de la Terreur dans l’imaginaire collectif des Français. C’est d’ailleurs en partie pour ce positionnement « surprenant » que, par exemple, le philosophe Michel Onfray décide publiquement de renoncer à Jean-Luc Mélanchon dans la course à la présidence.
Respectivement secrétaire national du Parti de Gauche (et conseiller de Paris) et responsable du secteur Etudes du Parti de gauche, Alexis Corbière et Laurent Maffeïs proposent dans de ce petit ouvrage une véritable entreprise de réhabilitation historique et politique de l’action publique de Maximilien Robespierre. Selon eux, l’ensemble des critiques formulées sur les pages noires de la Révolution française se concentre un peu trop sur cet homme dont le bilan mérite, à leurs yeux, d’être beaucoup plus nuancé. Robespierre n’est pas que le politique responsable de la Terreur – et les auteurs considèrent même qu’il en est un « bouc émissaire » facile – mais aussi un grand défenseur des droits de l’homme et de l’égalité.
Si l’on suit Alexis Corbière et Laurent Maffeïs, Robespierre défend – avec l’abbé Grégoire – la citoyenneté des Juifs et de tous les non catholiques. Il propose et obtient l’égalité des droits pour les enfants illégitimes et se bat également avec vigueur pour que les Noirs puissent détenir les mêmes droits que les autres citoyens – préfigurant ainsi l’abolition de l’esclavage qui sera proclamée en 1794. Robespierre serait aussi le premier à proposer l’abolition de la peine de mort, un défenseur des libertés publiques (comme la liberté de conscience et de culte) et un pionnier du partage des richesses. Enfin, Robespierre aurait été un grand artisan du suffrage universel – il s’oppose d’ailleurs au suffrage censitaire en 1789.
Au sortir de la lecture de la première partie du livre – la seconde partie tente de montrer que derrière la figure de Robespierre, c’est la Révolution française que l’on cherche à atteindre –, on reste interloqué devant une telle argumentation – généralement appuyée par des citations – et on se demande bien pourquoi Robespierre est à ce point perçu négativement. Il n’y a qu’une seule raison : son nom est immanquablement associé à la Terreur. Robespierre incarne la Terreur. Ses autres prises de positions – aussi louables soient-elles – ne permettent pas d’effacer les 40 000 morts – dont 23 000 sans jugement. Robespierre est d’abord l’homme de la guillotine… et cela ne semble pas prêt de changer.
eric keslassy
Alexis Corbière et Laurent Maffeïs, Robespierre, reviens !, Editions Bruno Leprince, 2012, 128 p.
2 réflexions sur « Alexis Corbière et Laurent Maffeïs, Robespierre, reviens ! »
Merci pour cet ouvrage.
Corbière et Maffeïs ne font que reprendre ce que tous les historiens de la Révolution savent et écrivent. Quant à votre affirmation : « Robespierre est d’abord l’homme de la guillotine », laissez-moi rigoler de votre argumentation qui est inexistante. 99% de votre article n’est qu’un compte rendu de l’ouvrage et vous vous permettez juste de balancer péremptoirement à la fin, sans aucun argument, que Robespierre est un assoiffé de sang