Alessandro Robecchi, Le tueur au caillou
Quand il ne reste que le pire…
On retrouve Carlo Monterossi, cet homme de télévision, qui a mené à son terme deux enquêtes narrées dans Ceci n’est pas une chanson d’amour et De rage et de vent, publiées par les Éditions de l’aube en 2020 et 2021.
À Milan, le quartier de La Caserne est une zone de logements insalubres, siège de très nombreux trafics. Francisco quitte son appartement pour aller chez madame Antonia, une vieille personne à qui il rend service. Mais, chez elle, il cache des objets volés, et une mystérieuse boite.
En mars 2017, un homme est retrouvé, gisant près de chez lui, un trou dans l’estomac, un autre dans la tête. Sur le cadavre, un caillou a été posé avec soin. C’est l’équipe du brigadier Carella et du sous-brigadier Ghezzi qui est en charge de l’enquête. Le défunt est vite identifié. C’est un boucher, propriétaire de plusieurs boutiques, bon citoyen, au casier vierge.
Les limiers se perdent en conjectures quand un second meurtre, sur la personne de Cesare Crisanti, un urbaniste, est commis. Cette fois, un seul trou dans la tête. Dans les deux cas, l’arme utilisée est vieille, mal entretenue, les balles sont anciennes.
Carlo Monterossi, qui ne supporte plus l’émission Crazy Love, est convoqué par Katia, son agente, une maîtresse femme. La mère de celle-ci s’est fait escroquer. Elle lui demande de mobiliser Oscar Falcone qui a aidé Carlo à plus d’une occasion. Leurs investigations vont les mener sur l’enquête du meurtrier au caillou. Une enquête dont Carella et son équipe sont déchargés au profit d’une brigade de « cow-boys » romains…
Avec Carlo qui n’en peut plus de cette émission que l’animatrice, folle de pathos, a fait évoluer des historiettes amoureuses aux faits divers sanglants, le romancier donne une image peu reluisante de la télévision.
Il entremêle avec habilité plusieurs affaires et met en scène trois groupes d’enquêteurs fort différents, qui vont croiser leur cheminement. Le vol chez la mère de Katia va déboucher sur une étrange motivation alors que les deux sections de policiers, les Romains et les Milanais, se livrent à une surenchère. La première est auréolée d’une réputation plus politique que réelle, la seconde est mise en vacances par le sous-préfet pour continuer à fouiner en toute discrétion.
Sur les pas de ses enquêteurs, Alessandro Robecchi fait entrer dans différents quartiers de Milan, cette capitale de la Lombardie à la réputation laborieuse et industrielle. Mais, de crises en crises, les situations se dégradent d’un côté pour se conforter de l’autre.
Le quartier de la Caserne, où des collectifs contre le mal logement placent des migrants dans des squats, est l’enjeu des rivalités entre clans mafieux et nouveaux arrivants porteurs de trafics.
C’est aussi le quotidien de chacun, la carence amoureuse de Carlo, l’écartèlement entre vie familiale et vie professionnelle pour les uns, la survie pour d’autres. Et le romancier s’attarde sur la justice sous toutes ses formes et les interrogations qu’elle suscite. Il place le besoin de la faire quand le système judiciaire est absent, voire défaillant, même ubuesque.
Et cette justice peut-elle prendre en compte les problèmes de justiciables, comprendre la nature de certaines affaires, quand c’est l’enlisement dans d’énormes dossiers et des procédures sans fins ?
Avec une écriture dynamique, des dialogues toniques, un goût pour des images fortes, colorées, inattendues, Alessandro Robecchi donne un roman à la lecture attractive et addictive. Il sait maintenir l’attention de ses lecteurs par des intrigues croisées mises en scène avec maestria.
serge perraud
Alessandro Robecchi, Le tueur au caillou (Torto marcia), traduit de l’italien par Paolo Bellomo avec le concours d’Agathe Lauriot dit Prévost, Éditions de l’aube, coll. « Noire », février 2023, 416 p. – 21,90 €.