Alessandro Cinquegrani, Braconniers

Alessandro Cinquegrani, Braconniers

Des peines à foison

Le narrateur de ce roman, un homme dans la quarantaine, naguère entrepreneur prospère, s’est retiré dans une maison abandonnée au bord du Piave, avec sa femme mutique et suicidaire. Tous les matins, il fait douze kilomètres à pied pour la récupérer à l’endroit où elle se couche sur les rails du chemin de fer, ignorant probablement que cette voie est désaffectée.
Il se rappelle, en variations sur le même thème, certains épisodes de son histoire familiale, qui conduisent par moments à des révélations, toujours plus douloureuses…

Le texte a pour principal atout son écriture rythmée et empreinte de poésie (la traductrice a fait un excellent travail). On apprécie beaucoup aussi l’ambiguïté constante au sujet du narrateur, dont on se demande s’il est simplement en état de détresse ou encore plus dérangé que sa femme : maints passages semblent relever du délire, et ils ne sont pas parmi les moins beaux.
En revanche, arrivé vers le milieu du récit, le lecteur risque de trouver outrancière l’accumulation de drames et de tragédies qui se poursuit presque sans discontinuer jusqu’à la fin de l’intrigue.

On peut trouver aussi malvenue l’idée d’associer le narrateur, son frère jumeau et leur père, chacun à un parti (ils représentent respectivement les démocrates chrétiens, les fascistes et les communistes), d’où résulte l’impression que l’auteur se sert de ses personnages pour délivrer un discours politique obsolète, dont on ne voit pas vraiment l’intérêt.
Cependant, ce n’est que le premier roman d’un auteur de talent, et l’on espère que les suivants lui permettront d’accomplir pleinement son potentiel.

agathe de lastyns

Alessandro Cinquegrani, Braconniers, traduit de l’italien par Laura Brignon, Do, janvier 2022, 136 p. – 17,00 €.

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