Jacques Merceron, Ecart des six ifs et autres fatrasies
Jacques Merceron : de peur que vienne l’oubli
Aux bourreaux du bitume , l’auteur ne cesse de donner une sacrée leçon de mauvaise conduite. Aux amateurs de vieilles et de vernis sages aussi. Il faut donc toujours revenir à ses cours des miracles bourrées de sauvetages pleins d’acmé juvénile.
Il y a toujours chez lui une faim de partie où planent des zèles du désir qui ne craignent pas les râteaux à la méduse. Rejetant aux calendres grecques l’automobile pétaradante de la crise et ses accords des on, l’imperturbable auteur fait de son show musclé un bar à basse, un dragueur de mimines.
Bien qu’il aime n’être pas pris (trop) au sérieux, celui qui se définit comme « forgeron de mots courbes et fourbes / Charron de roues carrées » et qui exerce dans « l’épiauté du Bel Canto », fait que ses mots chantent pour que le réel déchante tant il se retrouve ballotté, cahotant et dérapant sur mots abreuvés d’amères thunes.
Ceux de Merceron ne sont pas du même tabac : c’est pour cela qu’ils sont à priser dans leurs science du brillant Email Diamant.
Remontant son siècle à la main courante, parfois d’une femme à l’autre dans un Gérard bdépardisme hors de saison, l’auteur sous ses fables tel un Sylvain Miroufle, donne des leçons à prendre ou à laisser selon notre niveau de misanthropie – atrabilaire ou non.
Restent au fil des pages poèmes et énumérations, dans des vers irréguliers ou classiques, des paquets d’endives Bonne foi mais aussi des coups de pieds de l’Ane seins clairs. Ajoutons quelques Faust impressions sans effets tartes tapins, compromis ou opéra pastille.
Tel un soda inconnu, le créateur offre non un faux rhum de hall mais une œuvre rare qui sent toujours la rage et le garage dans des huiles de vits d’ange.
jean-paul gavard-perret
Jacques Merceron, Ecart des six ifs et autres fatrasies, éditions Douro, coll. bleu turquin, Chaumont, 2023, 86 p. – 16,00 €.